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Interviews

6 octobre | 10h31

Emerse Faé : « Ça restera toujours gravé »

L'ancien milieu de terrain du FC Nantes et de l'OGC Nice, aujourd'hui entraîneur de l'équipe réserve de Clermont Foot, se souvient du titre de champion du monde U17 qu'il a remporté avec les Bleuets le 30 septembre 2001.

EQUIPE DE FRANCE

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Emerse, évoquons l’Euro U16 2001, que vous aviez disputé en avril et mai et qui vous avait permis de vous qualifier pour cette Coupe du Monde U17. C’est un peu là que tout a commencé pour vous ?

Cela avait commencé quelques mois plus tôt, mais c’est vrai que l’Euro c’était la prise de conscience en quelque sorte. Quand on regarde le parcours, avec cette défaite en finale contre le cours du jeu, sur un pénalty de Torres après une main un peu limite, on comprend qu’on a un bon groupe et qu’on peut faire quelque chose de bien. Et puis quelques semaines après, on fait un tournoi de préparation au Brésil car Jean-François Jodar, le sélectionneur, voulait qu’on s’acclimate au jeu des équipes sud-américaines, mais aussi aux conditions météorologiques, notamment la chaleur. Ce tournoi ne s’était pas super bien passé, mais cela nous avait permis de découvrir un football nouveau face à des équipes hargneuses et un peu tricheuses.

Le 14 septembre 2001, vous affrontez le Nigéria lors du premier match de la phase de groupes et ce match se solde par une défaite…

Oui… On est arrivé avec beaucoup de confiance. En fait on n’avait pas conscience du niveau du Nigéria qui état pourtant une énorme équipe. On n’était pas sur nos gardes, on a pris le match à la légère et on on l’a payé cash. Ce match nous a fait prendre conscience qu’il n’y avait rien d’acquis et qu’il ne fallait négliger personne. Mais être dos au mur ça nous a fait du bien finalement.

Deux jours plus tard, vous affrontez les États-Unis dans une ambiance bizarre et vous passez près de l’élimination. Ce match c’était un déclic pour vous ?

C’était un match particulier c’était car c’était juste après les attentats du 11 septembre. D’ailleurs on avait fait escale aux Etats-Unis quelques jours plus tôt et nos familles, qui n’arrivaient pas à nous joindre le jour de l’attentat, s’étaient fait pas mal de soucis. Nous avions finalement réussi à les rassurer, mais certains joueurs américains avaient des proches parmi les victimes. Ils n’avaient pas vraiment la tête à jouer au foot, mais en même temps ils voulaient bien figurer et faire honneur à leur pays. De notre côté, malgré la défaite on avait gardé beaucoup de confiance et ça nous a bien aidé à ne pas perdre le fil du match, même quand on s’est retrouvés menés au score (la France étaient menée 2-1 à la 28e minute, avant d’égaliser trois minutes plus tard, ndlr). Avoir finalement gagné ce match après avoir été potentiellement éliminés, c’est vraiment là que notre épopée a commencé.

Franchement après avoir battu le Brésil, l’Argentine ne nous faisait pas peur, ont avait vraiment une grande confiance en nous.

Lors du troisième match vous battez facilement le Japon, avec notamment un triplé de Florent Sinama-Pongolle qui en avait déjà mis trois contre les États-Unis…

Quand tu es attaquant, en pleine confiance, dans une équipe comme ça, tu surfes sur la vague. Flo l’a très bien fait et ça nous a bien aidé. Il marquait à tous les matchs et nous ça nous motivait encore plus.

Lui venait du Havre comme Anthony Le Tallec, il y avait quelques Rennais et aussi des Nantais, dont tu faisais partie, on imagine que vous vous affrontiez avant de vous retrouver en sélection…

C’est ça. Moi j’étais à Nantes avec Luigi Glombard et Stephen Drouin et c’est vrai qu’on se connaissait bien avec les Havrais et les Rennais. On s’affrontait depuis plusieurs années mais on s’appréciait et c’est ce qui a fait qu’il y avait vraiment une bonne entente entre nous tous.

En quart de finale vous affrontez le Brésil, on peut dire que c’est là que les choses sérieuses ont vraiment commencé ?

Dans nos têtes c’était notre premier gros test face à un très grand pays de football. Jouer le Brésil dans une compétition comme celle-là ça c’est quelque chose de très fort. En plus ils nous avaient battus lors du tournoi de préparation et ils nous avaient chambrés, donc on avait envie de frapper un grand coup même s’ils étaient favoris. Dans ce match on mène 2-0, puis ils réduisent la marque. Derrière ils ont poussé, mais on a tenu et le fait de les éliminer ça nous a convaincu qu’on avait les capacités pour aller chercher le titre.

En demi-finale vous affrontez l’Argentine de Mascherano et Tévez, qui d’ailleurs ouvre la marque après la pause. Malgré tout vous trouvez les ressources pour l’emporter…

Franchement après avoir battu le Brésil, l’Argentine ne nous faisait pas peur, ont avait vraiment une grande confiance en nous. C’était quand même un match compliqué car on a été mené, mais on n’a pas lâché, on a continué à y croire et en égalisant assez rapidement on les a bien refroidis. Deux minutes plus tard on a mis le deuxième, il ne pouvait plus rien nous arriver, la finale était pour nous.

Pour être honnête on a un peu changé. En étant champion du monde, tu as un statut différent.

Une finale où vous retrouvez le Nigéria… Dans quel état d’esprit ?

Franchement nous n'étions pas sereins. Ils nous avaient baladés lors du premier match donc cette fois-ci nous étions prévenus. Mais le coach Jodar avait été très bon car ils les avait bien étudié et on a su appuyer là où ça faisait mal. Et puis je pense que nous étions plus frais qu’eux. On avait un effectif homogène, le coach avait pas mal fait tourner et je pense que ça nous a bien aidé en finale. On a marqué avant et après la mi-temps, après à 2-0 c’était plus simple. Et puis en fin de match Sam Pietre a mis le troisième d’une frappe de fou et là c’était fait !

Ça fait quoi à 17 ans d’être champion du monde ?

Même on l’avait espéré, on ne s’y attendait pas et non avait du mal à y croire… L’époque était quand même différente d’aujourd’hui, ce n’était pas encore totalement le foot business, on n’avait pas la même médiatisation que peuvent avoir les jeunes d’aujourd’hui. On était vraiment frais et spontanés.

Justement, en passant très jeunes du Havre à Liverpool, Florent Sinama-Pongolle et Anthony Le Tallec n’ont-ils pas ouvert une nouvelle époque ?

On peut dire qu’ils ont ouvert la voie, mais pendant la compétition ils étaient encore frais. Ils appartenaient à Liverpool mais ils étaient encore au Havre. On avait tous une part d’insouciance, que les jeunes d’aujourd’hui ont forcément plus de mal à avoir.

Ce titre avait quand même été pas mal médiatisé en France, avez-vous pris la grosse tête à ce moment-là ?

Pour être honnête on a un peu changé. En étant champion du monde, tu as un statut différent. Dans nos clubs nous étions considérés comme de gros espoirs et même plus généralement à l’échelle du foot français. Il y avait plus de sollicitations, mais c’était quand même modérés et je pense que la plupart d’entre nous a bien géré cela.

Vingt ans après tu es resté en contact avec les joueurs et le staff de cette équipe ?

Oui et d’ailleurs la semaine dernière le doc et le coach qui m’ont appelé car ils venaient à Clermont pour voir le match contre Monaco. Je ne pouvais pas y être mais ce n’est que partie remise. Avant le covid, on avait même prévu de se faire un barbecue cette avec toute la délégation de l’époque, mais on a dû repousser. Du coup ça ne sera pas cette année, mais ça se fera c’est certain. Sinon j’ai parlé avec Anthony Le Tallec il y a peu, j’ai eu Flo Sinama-Pongolle la semaine dernière au téléphone et je dois voir prochainement Jérémy Berthod qui est entraîneur dans un club lyonnais. Les liens sont restés forts car c’est le genre d’aventure qui te marque à vie. Ça restera toujours gravé dans nos mémoires.

Actufoot • Emrse Fae Clermont

Aujourd'hui, Emerse Faé est entraîneur et formateur. Après avoir débuté dans ce rôle à l'OGC Nice, c'est à Clermont qu'il poursuit sa deuxième carrière depuis quelques mois.

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