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2 février | 16h35

Gilles Ermani : “A l’intersaison, on avait perdu une trentaine d’arbitres”

Président de la Commission départementale des arbitres du District de la Côte d’Azur, Gilles Ermani dresse un bilan à la mi-saison. Effectifs, débordements, avenir, il nous dit tout dans cet entretien sans langue de bois.

DISTRICT CÔTE D'AZUR Gilles Ermani

Gilles, on vient de traverser une période COVID importante. Où se situe le District Côte d’Azur aujourd’hui au niveau des effectifs des arbitres ?

Effectivement, en se basant sur la période Covid, nous rencontrons pas mal de difficultés. Nous avons eu des pertes mais pas si importantes que cela. A l’intersaison, fin août, on s’est rendu compte que l’on avait perdu une trentaine d’arbitres et notamment des jeunes. Je n’ai pas les raisons exactes, mais certainement dû en partie aux contraintes liées au protocole sanitaire. Dans la catégorie seniors, le renouvellement a été assez fidèle. Ce qui me permet de couvrir les matches de la D1 à la D5 et même le football entreprise. Derrière tout cela, on a des formations initiales en arbitrage qui se passent sur quatre jours, et j’ai des initiateurs de qualité. Plusieurs jeunes qui sont des arbitres de Ligue en général, et qui me font des formations remarquables avec une partie théorique et une partie terrain. Nous sommes en collaboration étroite avec le RC Grasse et l’OGC Nice qui nous ouvrent leurs portes régulièrement. D’ailleurs, du 14 au 17 février, nous aurons une session de formation pour la saison actuelle.

Avez-vous des chiffres à nous donner ?

Sur les deux dernières formations, début novembre et fin décembre, nous avons permis à 35 personnes de devenir arbitre stagiaire. Ce qui est une performance dans les conditions actuelles. En Ligue Méditerranée, on tourne autour des 100. Donc 35 sur 100, considérant les cinq districts et notamment celui de la Provence, je pense que l’on est dans les clous. On va encore espérer quelques arrivées. Cependant, j'ai quand même quelques inquiétudes avec le Pass Vaccinal et des conditions draconiennes pour pouvoir continuer le football et l’arbitrage. Je sais que certains s’interrogent, notamment ceux qui sont vaccinés deux fois ou bien qui fonctionnaient aux tests PCR. Si je vois disparaître quelques arbitres dans toutes les catégories, cela peut devenir plus compliqué. Sauf si le Pass Vaccinal ne dure qu’un temps et qu’on puisse finir la saison en récupérant les effectifs. Je ne suis pas loin des 300 arbitres, et des chiffres habituels. C'est très performant car cela vient confirmer que le District de la Côte d’Azur est compétitif au niveau de l’arbitrage. Et surtout très soutenu par le président du District et tout le comité de direction.

Même si on traverse actuellement une période difficile, il n’y a pas eu de débordement excessif

Gilles Ermani, Président de la Commission départementale des arbitres du District

Il y a beaucoup de tension sur et autour des terrains. L'avez-vous également ressenti ?

On aurait pu imaginer que cette absence de terrain favorise un football fair-play, dans l’esprit. On aurait dû se diriger vers ce football-là. Sauf que la situation sociétale avec ce côté anxiogène permanent, des cas de covid, des pertes de boulot, des décès… Tout cela a créé un climat particulier où le football, qui associe toutes les couches sociales, est bien le reflet de tout ce qui se passe au quotidien. On ne va pas généraliser, mais lors de rencontres amateurs, il y a des grosses tensions. Peut-être aussi parce que pendant deux saisons, nous avons gelé les accessions et les descentes. Il y a des clubs qui avaient des prétentions, et qui ont une pression pour réaliser leurs objectifs. Cela se traduit par certaines rencontres compliquées. Les arbitres sont des êtres humains comme les autres, ils doivent vivre des moments pas simples, et donc certains matches se passent difficilement. On a eu tout récemment, deux matches de D3 qui se sont déroulés dans des conditions difficiles et pourtant, ils étaient dirigés par un arbitre qui évoluait en D1 jusqu’à la saison passée. Il a une grosse expérience du niveau district mais il a eu un mal fou à gérer ces rencontres de niveau D3. J’en profite pour dire aussi qu’en voyageant dans toute la Ligue Méditerranée, voire plus loin, je vois très régulièrement des matches de district en levé de rideau et en toute objectivité, nos arbitres seniors notamment en D1 et D2 tiennent largement la route. Dans l'ensemble, on a une qualité d’arbitrage reconnue. C’est un éternel recommencement car on les fait travailler régulièrement en théorie et sur le terrain, et on les suit de près jusqu’aux petites catégories. Le contexte est très particulier, nous vivons une période qui n’aide pas à la pratique sportive en général.

L’an dernier, les arbitres ont peu officié, comment les avez-vous retrouvés à la rentrée ? Est-ce qu’il n’y a pas le risque d’une perte d’automatismes ?

A l’issue de chaque saison, quand on revient sur les terrains en septembre, il faut un ou deux matches pour retrouver ses automatismes. Quand on pense que la saison 2020/2021 s’est terminée en octobre 2020, et que les arbitres sont ensuite restés à la maison. Cette saison a peut-être eu un peu de mal à démarrer, mais c’est le cas de tous les acteurs du football. Dans l’ensemble, nous pouvons être satisfaits de l’évolution. Même si on traverse actuellement une période difficile, il n’y a pas eu de débordement excessif. On a continué à travailler en visio, et on n'a lâché personne. On fait quand même dans des conditions particulières une saison quasi-normale.

Une saison malgré tout entachée de quelques affaires, notamment en D1 où la rencontre entre la Trinité et St Sylvestre a été interrompue pendant 40 minutes…

Je ne vais pas vous donner d’informations puisque le dossier est actuellement en instruction. Je ne peux donc pas m’exprimer sur le sujet. La seule chose que je peux dire, c’est qu’on s'intéresse de près à tout ce qui s’est passé. Nous sommes dans une catégorie de district avec des arbitres qui ont, en toute objectivité, la qualité pour officier. Je ne suis pas inquiet pour la qualité de leur arbitrage. On évolue dans des conditions particulières aujourd’hui, qui font qu’il y a des erreurs qui peuvent être commises de part et d’autre. Il faut faire la bonne analyse de tout cela et espérer que le bon sens des uns et des autres se retrouve au final. Nous aimons tous le football, et tout le monde doit faire preuve de sagesse et d’intelligence parce que ce n’est pas toujours facile.

Aujourd’hui, nous avons Mathieu Vernice qui est à la porte de la Ligue 1. Il fait partie du haut niveau en Ligue 2. Ahmed Taleb est un des meilleurs arbitres de National. Louis Lungeri est à la porte de pouvoir monter en National

Gilles Ermani, Président de la Commission départementale des arbitres du District

Surtout dans les petites catégories. Il y a eu dernièrement le cas d’un éducateur bénévole agressé alors qu’il arbitrait un match en U10…

C’est bien triste. Déjà prendre le sifflet en tant que bénévole, on sait très bien qu'on n'est pas protégé par le maillot d’arbitre. C'est une grosse difficulté, mais le point important, c’est que ce bénévole devient un officiel auprès des commissions disciplinaires. Je regrette bien évidemment cette agression.

Comment aider vos jeunes arbitres à faire face à ces tensions ?

Il faut savoir que tous les nouveaux arbitres qui arrivent, on les fait travailler sur des matches d’entraînement avec divers clubs et notamment l'OGC Nice. On les prépare à l'événement. On les fait accompagner jusqu’au 3e ou 5e match par un parrain. Surtout j’ai toujours souhaité qu’ils puissent démarrer en U12 car c’est la catégorie la plus basse où l’on peut désigner. C’est une manière de les accompagner et de les protéger dans leurs premiers matches, ce qui n’empêche pas les parents d’avoir quelques attitudes déplacées, voire pires. Il faut savoir que dans d’autres districts, les jeunes arbitres débutent sur grand terrain en U14. Chez nous, ils font leurs armes au football réduit, sur demi-terrain, et sont accompagnés. Après quelques matches, ils pourront voler de leurs propres ailes. Ce qui n’empêchera pas de rencontrer des difficultés. Parce qu'au-delà de ce que l’on peut penser d’un arbitre, les jeunes baissent les bras et arrêtent souvent. C’est pour nous, une impression d'échec au final. Ceux que l’on arrive à fidéliser, cela me permet de faire une ouverture sur les jeunes arbitres de ligue. Nous en avons actuellement entre 20 et 25 sur un effectif d’un peu plus de 60 en Méditerranée. Ceux-là, on les fidélise bien évidemment, parce qu’ils ont notamment des matches très intéressants à arbitrer. Par contre, ceux qui restent en District, c’est plus difficile. J’ai une équipe de jeunes arbitres de ligue qui travaille pour les maintenir et les garder. La fidélisation, c'est le challenge permanent qui touche l’arbitrage français. Ces dernières années, nous avons perdu plusieurs milliers d'arbitres au niveau national. C'est une grande inquiétude. Sans arbitre, comment imaginer le football.

Comment voyez-vous l’avenir au niveau de l’arbitrage en Côte d’Azur ?

Avec les trois formations que nous allons faire cette saison, on va réussir à récupérer quelques arbitres. J’en ai déjà deux qui sortent du lot. On va rapidement les prendre en main pour leur ouvrir les portes du niveau supérieur. Je reste bien évidemment optimiste pour la saison 2022/2023 parce que j’ose espérer que l’on trouvera cet équilibre dans tout ce qui tourne autour de ce covid-19, et que l’on pourra repartir dans le futur dans de bonnes conditions. Nous avons toujours été dans l’optique de former des arbitres à tous les niveaux. Aujourd’hui, nous avons Mathieu Vernice qui est à la porte de la Ligue 1, et que j’ai eu en formation à tout juste 13 ans. Il fait partie du haut niveau en Ligue 2. Ahmed Taleb est un des meilleurs arbitres de National. Louis Lungeri est à la porte de pouvoir monter en National. Derrière, j’ai quelques jeunes qui devraient faire quelque chose d’intéressant. Tout ce qui touche au niveau district, la volonté première est de les fidéliser.

Mais vous avez des anciens qui sont encore très performants…

Ce n’est peut-être pas l’avenir mais il faut savoir que j’ai actuellement 16 arbitres de plus de 55 ans qui sont toujours là, et qui apportent leur expérience et leur passion de l'arbitrage.

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