Quantcast
News

3 septembre | 17h29

Harry Novillo (Etoile FC) : « J'avais envie de tout arrêter »

Après six années à écumer le globe (Australie, Turquie, Emirats arabes Unis, Malaisie, Canada), Harry Novillo s'est engagé il y a quelques jours avec l'Etoile FC en N2. L'attaquant formé à l'OL avec Anthony Lopes, Alexandre Lacazette ou encore Rachid Ghezzal confie, peu de temps avant de signer, avoir sérieusement songé à arrêter sa carrière.

NATIONAL 2 N2 C ETOILE FC ETOILE FC N2 Harry Novillo

Harry, on t'avait un petit perdu des radars et te voilà de retour dans l'Hexagone. Explique-nous ton choix ?

C'est assez simple, au départ j'avais envie de tout arrêter mais après avoir discuté avec ma femme, je me suis remis en contact avec le coach (Jean-Guy Wallemme). L'idée, c'est de reprendre tranquillement mais avec sérieux. De la pression, je n'en ai pas que je joue tout en haut ou tout en bas.

Pourquoi avoir failli dire stop ?

Je me suis rendu compte que le monde professionnel est entouré d'hypocrites. Je pensais que c'était qu'en France mais, en fait, c'est un peu partout et moi qui n'hésite pas à dire aux gens ce que je pense, je n'aime pas ça. Ca ne me disait plus rien d'être dans ce monde.

Qu'est-ce qui t'a stimulé dans le challenge proposé par Fréjus Saint-Raphaël ?

Ma volonté était de rester dans le sud de la France. Je vis à Nice et l'Etoile FC, ça ne fait pas trop loin de la maison. En plus, j'ai déjà évolué avec Julien Faubert (entraîneur adjoint) et des joueurs qui sont ici comme Youssouf Touré et Sidy Niang. Le coach et moi, ça a super bien accroché, idem avec le président. Ca a pesé dans la balance.

Je ne suis pas venu ici pour me tourner les pouces

Ton leitmotiv ici, c'est retrouver du plaisir ?

Je suis venu à Fréjus parce que les entraîneurs et les dirigeants ont de l'ambition et une vision cohérente. Le groupe vit bien, il y a de bons joueurs, de la qualité aux entraînements. Ca donne vraiment envie de prendre du plaisir sur le terrain. Ok, ce n'est pas un niveau professionnel mais il faut jouer, marquer, faire marquer et produire de belles prestations. Je ne suis pas venu ici pour me tourner les pouces.

Comble du hasard, ton premier match avec Fréjus, c'est chez ton club formateur, l'OL (samedi, 16h). Un clin d'oeil du destin ?

Peut-être, c'est marrant en tout cas. En plus c'est dans leur nouveau centre de formation mais j'aurais préféré qu'on joue sur le terrain numéro 10. Un terrain qui a une âme, au moins. Le terrain 10, Gerland, ce sont des endroits qui ont un vécu. Personnellement, je ne me retrouve pas aujourd'hui dans ce que je vois de cet OL 2.0 même si j'ai évidemment beaucoup de respect pour le club qui m'a formé. Il reste entre guillemets mon club de coeur même si ce n'est plus ce que c'était avant. Maintenant, j'espère qu'on viendra gagner ici avec l'Etoile et qu'on l'emportera à Fréjus.

Qu'entends-tu par "OL 2.0" ?

Après avoir passé beaucoup de temps à l'étranger et de mon avis extérieur, je trouve que le club a perdu son âme même si le boss Jean-Michel Aulas est toujours là. C'est un patron extraordinaire, un mec en or. Un club se construit avec beaucoup de personnes et de l'acharnement. Aujourd'hui, l'OL est tout neuf, nouveau stade, nouveau centre d'entraînement, et bien sûr que la vitrine est belle, mais ce n'est pas l'OL que j'ai connu. C'est une sorte de... (il réflechit quelques secondes) PSG.

Si à l'époque les caméras étaient braquées sur Lacazette comme elles le sont actuellement sur Cherki, il serait au Real Madrid dès l'âge de 17 ou 18 ans

Qu'est-ce qui a changé ?

A l'époque, on méritait nos surclassements, nos contrats. Maintenant, c'est donné un petit peu n'importe comment. Derrière, le club doit vendre et au plus cher possible. Ce n'est que mon regard de supporter mais pour moi, Amine Gouiri est un joueur qui ne doit jamais partir de l'OL. Ce sont des erreurs qui ne datent pas d'aujourd'hui et il y a eu d'autres exemples comme Loïc Rémy ou Alassane Pléa.

A quoi penses-tu à l'évocation de ta génération, la 92 ?

Les générations 91, 92, 93 étaient toutes mélangées parce que dès l'âge de 16, 17 ans, on jouait presque tous en CFA et pour deux, trois ans de suite. Ce sont des souvenirs énormes, on avait une équipe de fou ! Honnêtement, cette équipe aurait pu être alignée en Ligue 1. Le gardien de l'OL aujourd'hui, c'était le nôtre. On avait l'attaquant d'Arsenal (Lacazette), l'ailier gauche du Besiktas (Ghezzal), Clément Grenier, Ishak Belfodil, Xavier Chavalerin, Mehdi Zeffane.

Une anecdote à raconter ?

Je me souviens qu'on avait mal débuté une saison de CFA avec plusieurs défaites, donc on s'était tous réunis en salle de vidéo et Bruno Genesio nous avait dit : "Ce n'est pas un problème de qualité parce que dans le championnat, il n'y a pas meilleurs que vous. Donc si vous êtes des bonhommes comme vous le prétendez et que vous avez une fierté, je vais sortir du vestiaire et vous allez régler ça entre vous." Anthony Lopes s'était levé, il avait pris la parole et après ça, on avait fouetté absolument toutes les équipes sur notre chemin. On était devenus imbattables ! Ca c'était Lyon, le terrain numéro 10.

As-tu l'impression que la médiatisation s'est encore davantage amplifiée sur les jeunes ?

Si à l'époque les caméras étaient braquées sur Lacazette comme elles le sont actuellement sur Cherki, il serait au Real Madrid dès l'âge de 17 ou 18 ans. Le phénomène que c'était ! Ishak aurait été la Juve, Rachid à l'Inter, on serait tous partis d'un coup si c'était comme avant. Maintenant, on achète des mecs sans même savoir s'ils sont bons. C'est pour ça que je ne regarde même plus le foot.


Propos recueillis par Thomas Gucciardi

Restez informé !

Inscrivez-vous à notre newsletter :