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Interviews

19 mars | 11h00

Jacques Clavet : "Je ne peux pas cautionner ce genre d'événement"

Suite à l'agression du jeune arbitre en D3, nous avons souhaité interroger Jacques Clavet, le référent des arbitres. Ce dernier revient ainsi avec nous sur la situation, sur les causes, mais aussi les solutions possibles pour limiter ses tristes événements.

ARBITRE DISTRICT DE PROVENCE Jacques Clavet

Comment va l'arbitre ?

Aujourd’hui, physiquement ça va, mais son moral a été fortement impacté. Je lui ai conseillé de rebondir au plus vite. C'est comme après une chute de ski. Plus vite on remonte dessus, mieux c'est. Quant au District, il va déposer plainte avec constitution de partie civile. Après, le temps fera son œuvre.

En tant que Référent des arbitres, comment avez-vous vécu cet événement ?

À mon niveau, j’ai fait ce qu’il fallait, puisque c’est moi qui ai déclenché toute l’affaire derrière. Je me suis engagé auprès des arbitres en début de saison, je devais réagir. Je leur ai dit que, dès qu’un arbitre serait touché de manière assez prononcée, je ne désignerais plus d’arbitres pour toutes les compétitions. J’ai fait part de ma décision lors de ce comité directeur. Il y a eu des débats pour savoir vers quelle optique on pouvait s’orienter. Il a été décidé de reporter complètement la journée. Mes arbitres ont été mis au courant par mes soins. Il y a plusieurs côtés à prendre en compte, le disciplinaire, et aussi le judiciaire, où l’arbitre a fait ce que je lui ai proposé. Cet arbitre a été touché certes physiquement, mais aussi psychologiquement. Les deux assistants chevronnés l’ont été tout autant par rapport à la violence et à la rapidité des faits. Depuis le début de l’année, il y a eu quelques déboires, mais jusqu’à présent les arbitres n’étaient ni concernés ni touchés. Je ne peux pas cautionner ce genre d’événement. Autant, je peux être ferme avec eux dans leurs devoirs qu’ils ont à accomplir en tant qu’arbitre, mais je me dois également d’être le premier à les défendre.

Si, aujourd’hui, on ose remettre en cause les forces de l’ordre, comment on peut respecter un arbitre ?

Concernant la sanction décidée, pensez-vous qu'elle soit suffisante ?

Comme je l’ai précisé à mes arbitres, j’aurais souhaité que les journées se jouent sans arbitres, tout en souhaitant que tout se passe au mieux, pas pour qu’il y est encore plus de conflits bien entendu. Je reste convaincu que par cette décision, ne serait-ce que pour un match, il y aurait une prise de conscience. Les dirigeants mettraient de l’eau dans leur vin. On connaît les rudiments de notre fonction, donc trouver un arbitre qui aurait accepté de prendre le sifflet aurait été très difficile. Ainsi, peut-être, se seraient-ils dit que c’est mieux quand il y a des arbitres officiels. À la suite du débat qu’il y a eu au niveau du comité, chacun a apporté son point de vue vis-à-vis de cette situation. On est donc arrivé à cette décision finale et collégiale de reporter la journée.

Quel impact cet événement a-t-il pu avoir sur vos autres arbitres ?

Je ne pense pas qu’il y ait eu un impact sur les arbitres. On est confronté à ce genre de situation, tout au long de la saison. Les arbitres sont conscients de la difficulté de la mission qu’on leur donne. Après, il est évident que c’est à nous de veiller à une désignation appropriée, en fonction de l’importance des matches. Si l’on prend l’exemple de ce match (celui de l’agression), c’était une rencontre sans aucun enjeu. C’est malheureusement souvent ce genre de match sans enjeu, où la situation finit par déraper. On a en revanche pu percevoir un élan de solidarité vis-à-vis de l’arbitre agressé, parce que l’on est conscient que c’est lui aujourd’hui, mais demain cela peut tout à fait en être un autre. Dans un message, j’ai demandé à mes arbitres de ne pas craindre les matches à venir. Je veux surtout qu’ils les abordent avec beaucoup de sérieux et de concentration, parce que l’on rentre dans une phase où les points sont très importants. Plus qu’au mois de septembre.

Je me suis engagé auprès des arbitres en début de saison, je devais réagir.

Ne craignez-vous pas que cela pousse certains de vos arbitres à arrêter d'exercer leur passion ?

Non ! Nous avons fait trois formations d’arbitres cette année, et une quatrième est prévue durant les vacances de Pâques. L’impact, on le verra plus tard, lorsque nous recommencerons la saison prochaine. Evidemment, il y a toujours des arbitres qui vont arrêter pour des raisons personnelles ou professionnelles. D’autres aussi pourront arrêter à cause d’incident comme celui-ci. Mais, je pense plutôt à un impact positif pour la suite avec une prise de conscience des arbitres pour qu’ils soient encore plus performants. Bon après, c'est vrai qu'il est toujours difficile d’arrêter les voyous des stades.

Estimez-vous qu'il faudrait mettre en place des mesures supplémentaires, afin d'éviter ces situations de débordement ?

Les raisons pour lesquelles le football présente de telles lacunes, c’est historique. C’est peut-être la seule discipline, où les pratiquants ne connaissent pas les règles du jeu. Le problème, c’est que les joueurs et les encadrants sont au même niveau de connaissances. Comment accepter un règlement que vous ne comprenez pas ? C’est un fait réel, propre au football. Au rugby, il y a une réelle éducation sportive qui est faite. La violence est aussi de partout dans notre société, et ce depuis un petit moment. On est aussi dans une situation d’après Covid-19, avec des personnes qui se sont sentis privées de liberté. Si, aujourd’hui, on ose remettre en cause les forces de l’ordre, comment on peut respecter un arbitre ? Rien ne pourra changer, sans une réelle prise de conscience des éducateurs et des dirigeants de leur club. Des joueurs qui posent des problèmes sur le terrain, pourquoi les présidents ne s’en débarrassent pas ?

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