Quantcast
Interviews

14 avril | 16h10

Laurent Edriat, préparateur mental : « Le mental, c’est le poste de pilotage »

Moins populaire que la préparation physique, la préparation mentale est un phénomène qui prend au fil des années de l'ampleur dans le milieu du football. Mais qu'est-ce que la préparation mentale, comment se met-elle en place ? Laurent Edriat, préparateur mental depuis 2012, répond à nos questions et nous éclaire sur le sujet.

Laurent Edriat

Bonjour Laurent, comment pourrait-on définir le concept de préparation mentale ?

La préparation mentale est un moyen d'optimiser la performance individuelle du joueur et de travailler sur son autonomie. Il n'y a rien de mieux pour un joueur que de savoir réguler son aspect mental et ses émotions. C'est donner les clefs au joueur afin qu'il puisse faire face à toutes les situations, tout en se maintenant à un bon niveau de performance.

Devenir préparateur mental est quelque chose que vous souhaitiez faire ou cela vous est en quelque sorte tombé dessus ?

Cela m'est tombé dessus un petit peu par hasard. J'étais à l'époque dirigeant dans une grande société de services, puis je me suis fait licencier d'un coup, en l'espace de cinq minutes. J'étais pourtant une "star" dans l'entreprise, les collaborateurs m'adoraient, tout comme les clients et ma direction. Mais cela n'a pas empêché mon éviction. Étrangement, quand je suis rentré chez moi, j'étais content. Je me alors dis "je ne peux pas être content alors que j'ai perdu quelque chose d'hyper important qui est mon job, d'autant que j'y étais hyper apprécié". Du coup, j'ai fait une introspection et je me suis formé aux métiers du coaching, cela remonte désormais à plus de treize ans, je me suis également spécialisé dans la programmation neurolinguistique qui consiste à se programmer pour faire face à différentes situations. Ainsi, j'ai débuté le coaching en m'occupant dans un premier temps de dirigeants, j'en étais moi-même un étant donné que je venais de créer ma société de coaching. J'ai d'abord commencé avec des dirigeants de grands groupes, et un jour l'un d'entre eux m'a dit qu'il avait un beau-frère agent de joueurs, et qu'il pourrait éventuellement avoir besoin de mes services. Donc j'ai rencontré cet agent qui m'a rapidement confié un premier joueur, et c'est ainsi que tout a commencé.

Quels étaient vos liens avec le monde du football avant cette rencontre ?

J'ai moi-même été joueur, pas à un gros niveau, mais en U17 National. Je n'ai jamais été un grand joueur, je n'avais aucun talent, seulement du mental. Et cela m'a permis de jouer au football à un très bon niveau amateur, et finalement c'est l'aspect mental qui m'a réintroduit dans l'univers du football.

Actufoot • Whats App Image 2023 04 10 at 14 16 29

Lorsque l'on consulte votre site, on peut voir des offres à destination des joueurs professionnels et de centre de formation ainsi que pour les staffs, qu'apportez-vous aux joueurs professionnels ?

Le plus dur pour eux, c'est d'être stable au meilleur niveau. C'est quelque chose de très dur car quand tu signes, tu deviens en quelque sorte salarié de ton club. Tu portes à la fois le costume de sportif de haut niveau et celui de salarié de ton club. Tu ne peux pas être les deux normalement, du moins c'est très compliqué. Du coup, il faut avoir un autre objectif, car tu es devenu sportif de haut niveau, car tu avais déjà un objectif qui t'animais et t'habitais vraiment, cet objectif, tu voulais l'atteindre à tout prix et du coup tu as pu signer ton contrat professionnel. C'est ce qu'on retrouve de manière générale au sein des centres de formation, beaucoup veulent passer professionnels, très peu le deviennent, et ceux qui y parviennent ont souvent une volonté farouche de réussir. Ils sont habités par quelque chose qui les mobilisent vraiment, tels que voir de la fierté dans les yeux de leurs parents, les aider financièrement, leur acheter une maison. C'est ce genre d'objectif qui transcende le joueur et lui permet d'aller de l'avant.

Le problème arrive lorsque la maison pour les parents est achetée, que la famille est à l'abri financièrement, quel est ton objectif maintenant ? Il faut t'en redonner un, et si possible un objectif atteignable. Beaucoup de joueurs vont te dire, "je veux jouer au Barca, je veux jouer au Real Madrid, dans des grands clubs". Après, est-ce que c'est possible ? C'est un autre débat, on connaît la qualité des joueurs du Real Madrid, mais tout le monde n'est pas fait pour y jouer, cependant tous les joueurs peuvent faire mieux que ce qu'ils font aujourd'hui. Donc, aux côtés des joueurs professionnels, mon travail consiste en quelque sorte à retravailler l'objectif. Souvent, l'objectif n'est pas bon, ce qui est logique, car en général, quand on m'appelle, c'est qu'on n'a pas atteint son objectif, et si on ne l'a pas atteint c'est qu'il n'est pas bon. Du coup avec le joueur professionnel, on va surtout travailler sur la question "quel est le réel objectif que je souhaite atteindre, et dans combien de temps". Retravailler l'objectif est essentiel.

Le travail et l'approche sont-ils différents avec les staffs ?

Oui, l'approche est différente, ce dont les staffs ont besoin aujourd'hui c'est d'avoir les clefs de la communication avec les nouvelles générations. On voit qu'aujourd'hui, c'est beaucoup plus compliqué, avant tu avais une génération de joueurs et tu avais à peu près les mêmes pendant dix ou quinze ans. De nos jours, tous les deux trois ans, les générations se comportent différemment et ont une autre vision des choses et de la vie. Moi, j'aide les staffs à bien décoder et à comprendre ce qui se passe autour d'eux, déchiffrer ce que sont aujourd’hui les jeunes joueurs, quels sont leurs besoins, comment communiquer et entrer en contact avec eux pour pouvoir les aider à s'améliorer et à se former. On entend souvent dire que ces nouvelles générations sont dures à motiver, qu'elles sont dans l'image, dans l'ego, qu'elles ne pensent qu'à elles, qu'elles sont égoïstes... Mais non. Elles ne le sont pas plus que les anciennes, il faut seulement trouver les bons codes, la bonne façon de communiquer avec eux. Voilà ce que propose la formation à destination des staffs. J'ai présenté cette formation à la FFF, ils sont actuellement en pleine réflexion pour l'intégrer dans le circuit des coachs et la proposer aux clubs également. C'est une formation que j'avais mise en place à l'époque pour Nasser Larguet du temps où il était patron du centre de formation de l'OM. On s'était rencontré, nous avions échangé sur ses difficultés et je lui ai fait ce programme, qu'on n'a pas pu mettre en place à l'OM car il s'est envolé pour l'Arabie Saoudite.

Actufoot • Whats App Image 2023 04 10 at 14 16 28

Laurent Edriat au travail avec l'attaquant des Young Boys Berne Jean-Pierre Nsame

Comment préparez-vous vos programmes ?

Je me sers de mes succès, de la performance que j'ai mise en place et de ce qui fonctionne bien. Je me remets en question en permanence et je regarde aussi mon environnement, chaque programme existe mais va être totalement différent en fonction du club dans lequel je vais intervenir. Parce que l'identité de chaque club est différente, chaque dirigeant l'est aussi. Donc je vais m'adapter et adapter ce que j'ai construit en fonction des objectifs et de l'identité de mes clients.

Travaillez-vous avec une équipe ?

Non du tout, je travaille seul.

Les jeunes en centre de formations sont souvent sujets au stress car leur destin se joue en ce moment même, pour ces jeunes qui n’ont pas l’expérience et parfois le recul nécessaire, travailler avec un préparateur mental est-il encore plus fondamental ?

Je dirais que c'est le cas pour un joueur de foot comme pour un simple piéton. Travailler sur qui tu es, bien maîtriser où tu veux aller et avoir un chemin qui va te permettre d'atteindre ta destination, c'est essentiel pour tout individu. Donc oui, c'est fondamental, on le voit dans les centres de formation il y a beaucoup d'appelés et très peu d'élus, la bonne question serait plutôt, pourquoi tous ces jeunes sont dans des centres de formations mains ne réussissent pas ? Il y a certaines raisons à cela, ce n'est pas que le mental, c'est aussi une question d'aptitudes. Ceux qui réussissent sont souvent un peu plus costauds et rapides que les autres au même âge. Le temps peut te rattraper et on comprend alors très bien qu'on puisse être très bon à quinze ans et moins à dix-sept. Il y a aussi le fait d'être un super joueur et de ne pas éclore, cela arrive aussi dans les centres de formations. Parce qu'on peut être tétanisé par l'enjeu, on se dit qu'on peut aussi ne pas être à la hauteur, parce qu'on ne comprend pas ce qu'attend de nous le coach ou alors on interprète mal ses propos. Du coup, tout peut aller très vite dans un sens comme dans l'autre.

Et vous, vous pouvez aider ce joueur qui a toutes cartes entre ses mains mais qui n'arrive pas à éclore ?

Le programme va même aller au-delà. Bien évidemment, je pourrais régler cela, c'est évident, mais une fois que ce sera fait l'objectif sera de stabiliser sa performance au meilleur niveau. Le plus dur est là, comment faire pour être bon tout le temps ? Il faut bien se connaître, bien comprendre les enjeux et ce qui se joue au-delà du match, au-delà de l'action qu'elle soit réussie ou ratée.

Vous travaillez avec des joueurs professionnels de L1 et L2, et même à l’étranger. Est-ce vous qui vendez vos services ou bien clubs et joueurs font eux-mêmes appel à vous ?

Pour commencer je ne traite qu'avec des joueurs francophones, je n'ai pas un Anglais qui est suffisamment pointu dans les mots pour être précis. Le poids des mots à son importance dans la préparation mentale, donc il s'agit de ne pas se tromper. Il y a quelques années, c'étaient plutôt les agents qui faisaient appel à moi pour aider leurs joueurs à progresser plus rapidement. Mais globalement le projet joueur-agent a un petit peu baissé ces dernières années, les agents ont de plus en plus de mal à avoir des contrats signés, donc ils ont du mal à accepter la facture de Laurent si le joueur s'en va dans trois mois (rires) ! Aussi, aujourd'hui, les nouvelles générations sont plus enclines à faire du mental sans que leurs agents ne le leur disent, j'ai désormais beaucoup de joueurs qui m'appellent directement. Ils me trouvent via Instagram, ou alors par l'intermédiaire d'amis à eux ayant déjà travaillé avec moi.

Aujourd'hui, les nouvelles générations sont plus enclines à faire du mental sans que leurs agents ne le leur disent

Cela veut dire que la préparation mentale est un phénomène qui se démocratise ?

Complètement, les nouvelles générations sont beaucoup plus prêtes à faire du mental que les anciennes. Quand je dis "anciennes", je parle de tous les joueurs de plus de 22-23 ans, au-dessus de cette tranche, c'est plus compliqué. Mais en dessous, tout le monde est prêt à faire du mental. Et cela, parce que les nouvelles générations veulent aller vite, elles ne veulent pas s'embêter à franchir les paliers comme leur expliquent les coachs. Le jeune joueur ne veut pas y aller étape par étape, lui veut seulement y aller. Donc s'il peut prendre l'ascenseur qui lui évite de prendre l'escalier qui s'arrête à chaque étage, il le prend. On le voit déjà avec Kylian Mbappé, qui ne voulait pas qu'on lui parle de son âge. "Ne me parle pas d'âge", cela veut dire si je suis bon, tu me fais jouer et c'est tout, tu ne me dis pas qu'il me faut 30 matches de Ligue 1 avant d'être titulaire. C'est ce que veulent les jeunes joueurs aujourd'hui, ils veulent un petit peu "griller les étapes". C'est le terme utilisé par les plus anciens auquel les jeunes répondent : "non je veux seulement jouer", tout simplement.

Comment se matérialise les résultats d’un préparation mentale réussie ?

En règle générale, avec un joueur de Ligue 1 par exemple, je fais cinq séances de préparation mentale. J'ai aussi démarré une nouvelle offre, qui est un suivi sur chaque semaine. Il comprend le socle de la préparation mentale, puis un debrief après chaque match. Maintenant comment s'assurer que la préparation mentale a un impact sur le joueur et sur sa performance ? Je dirais tout simplement en regardant l'objectif, nous allons mesurer ensemble, moi et le joueur, si ce qui a été réalisé colle avec l'objectif fixé. Si l'objectif était de marquer dix buts, la préparation mentale lui aura-t-elle permis de le faire ? S'il les a mis, je dirais que oui et s'il ne les mets pas je dirais non. Mais souvent les joueurs qui viennent te voir d'eux mêmes, ils ont un objectif, mais le comble, c’est qu’eux-mêmes n’y croient pas ! Mais quand ils arrivent à le réaliser, wow. Après, je ne dis pas que tu peux venir me voir avec n'importe quel objectif et il sera atteint. L'objectif doit être atteignable, les qualités du joueur doivent correspondre à l'objectif.

Pouvez-vous nous donner des exemples d'objectifs atteints grâce au programme ?

J'ai beaucoup de joueurs qui veulent jouer en Angleterre, c'est un petit peu la mode ces temps-ci. Tous ceux qui voulaient y évoluer, y sont allés. Attention, je ne dis pas qu'ils sont tous en Premier League. Mais ils sont en Angleterre, au moins en Championship, qui est un championnat qui plaît beaucoup aux joueurs de Ligue 1. Ils y vont volontiers parce que c'est une étape avant la Premier League. Après une autre chose que les joueurs recherchent beaucoup, c'est le temps de jeu. Quand un joueur m'appelle pour me dire qu'il ne joue pas beaucoup, eh bien, on se fixe un objectif. Quel temps de jeu souhaiterais-tu avoir cumulé en fin de saison ? Tu voudrais jouer combien de matches ? On travaille là-dessus et ensuite, on peut mesurer en comparant le temps de jeu en début de saison et ce qu'il a réussi à obtenir après. Et d'ailleurs, je trouve que c'est un objectif assez remarquable, c'est difficile d'obtenir du temps de jeu en milieu de saison quand tu n'en avais pas eu en début, les places sont déjà un petit peu prises. Le coach a déjà son onze de départ sur lequel il compte, donc toi si tu ne comptes pas vraiment à ce moment-là ce n'est pas évident. Mais on réussit toujours à le faire.

Arrive-t-il aussi que les objectifs ne soient pas atteints ? Que la préparation n'ait pas fonctionné ?

C'est arrivé quand il y a eu la Covid, car ce virus a coupé les pattes de beaucoup de joueurs. Cela arrive aussi quand les joueurs se blessent. C'est là que cela perturbe et que tout devient plus compliqué. Quand il y a un changement d'entraîneur, c'est également possible, mais généralement, on y arrive quand même. Sinon cela fonctionne tout le temps, parce que le mental c'est le poste de pilotage. Tu peux avoir la meilleure armée si le poste de commandement n'est pas bon, elle ne sert à rien. Donc avec un joueur qui connaît ses qualités, qui sait ce qu'il veut et qui a un bon poste de pilotage, il n'y a aucune raison que le programme ne fonctionne pas.

Souvent les joueurs qui viennent te voir d'eux même, ils ont un objectifs, mais ils n'y croient pas eux même. Mais quand ils arrivent à le réaliser, wow

Quand s’est-on rendu compte de l’importance de la préparation mentale dans le monde du football ?

C'est difficile comme question. Je pense que tout le monde est convaincu de l'importance de l'aspect mental dans le football. Mais quelle place laisse-t-on au mental ? Parce qu'on connaît les coachs, ils veulent absolument avoir la maîtrise du vestiaire et des joueurs. Est-ce que les entraîneurs sont en capacité de laisser rentrer quelqu'un dans l'effectif pour aider les joueurs mentalement ? Je pense que la première question, elle est là. Moi, je peux répondre à cette question, car j'ai déjà échangé avec Christophe Galtier à l'époque où il était sur le banc de Saint-Étienne. On échangeait au sujet de Jean-Christophe Bahebeck, Galtier n'était pas vraiment satisfait de ses performances à l'époque. Il sortait d'une saison complète avec le PSG où il n'avait quasiment pas joué et quand il arrive à l'ASSE, il est souvent blessé, il n'était pas au maximum de sa forme. Donc j'ai dit à Galtier, que dès que je pense que Jean-Christophe sera prêt, je l'appelle. Et donc je l'ai appelé, c'était pour un match de Coupe d'Europe contre le FC Bâle, il ne le fait pas jouer directement, il le fait entrer en jeu. Il entre, il dribble deux joueurs et met une praline au gardien, but. Tout le monde est persuadé que la préparation mentale fonctionne dans le fond.

Et quand on voit une équipe qui vacille autant mentalement que le PSG qui est en plus entraînée par Galtier vous ne trouvez pas cela étrange ?

Galtier, il sait que c'est quelque chose qui fonctionne. La question, c'est pourquoi il n'utilise pas la préparation mentale ? Où peut-être qu'ils ont un préparateur mental à Paris ? Ils ne m'ont pas appelé en tout cas. Mais quand je vois les performances aujourd'hui, je dirais qu'ils n'ont personne. Et s'il y a quelqu'un, je les encourage à changer leurs pratiques.

Est-ce qu'aujourd'hui beaucoup de clubs ont leur propre préparateur mental ?

Moi, je dirais que non. Je crois qu'ils pensent qu'ils ont quelque chose, je pense que dans les centres de formations, ils ont un psychologue. Mais ce n'est pas le même travail, nous ne sommes pas du tout sur la même chose. Moi quand je parle football, je parle d'expertise, j'accompagne uniquement les footballeurs, je me suis spécialisé chez les joueurs de foot. Je peux le dire en toute humilité, je suis expert dans mon domaine. Et ce que je fais fonctionne car je peux vérifier les résultats. Il n'y a pas aucun autre préparateur mental spécialisé dans le football, ils sont sur plusieurs terrains, et je le comprends, il y a la crainte de ne pas avoir assez de clients, car les clubs ne font pas appel à des préparateurs mentaux.

Actufoot • Whats App Image 2023 04 10 at 14 16 291

Laurent Edriat travaillant avec le CS Sedan

Quittons la sphère professionnelle désormais. Pensez-vous que la
préparation mentale pourrait avoir son importance dans le monde amateur ?

Cette question est très intéressante, car j'ai travaillé avec le club de Sedan lors de la saison 2018/2019. J'ai fait avec eux la préparation, ils étaient alors en N2 et voulaient monter en National. On a donc travaillé avec le coach de l'époque Sébastien Tambouret, nous avons programmé les joueurs pour atteindre l'objectif. C'était une préparation mentale collective avec un petit peu d'individuel. Le résultat après les treize premiers matches de championnat ? Treize matches, treize victoires, zéro buts encaissés. Un résultat extraordinaire, cela ne s'est jamais produit, peut-être est-ce de la chance ? Moi ce que je souligne, c'est que Sedan a été le seul club à l'époque à intégrer un préparateur mental à la préparation et non pas quand tout crame et que tout va mal. Il a quand même fallu une sacrée ouverture d'esprit du coach pour me laisser entrer dans le groupe.

Certains clubs auraient trop d'ego pour recourir à des services externes bien que leur efficacité ait été prouvée ?

L'ego peut nous empêcher de prendre les bonnes décisions de temps en temps. Je ne sais pas si c'est l'ego, mais tout dépend des clubs et même du coach, qui peut se sentir remis en question. Également du président qui lui, va voir une nouvelle facture arrivée. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, on ne connaît pas assez la préparation mentale et quand on ne connaît pas, on a tendance à diaboliser un petit peu. Mais quand on a goûté au produit on n'hésite plus, Sebatien Tambouret qui est aujourd’hui adjoint en Ligue 2 m'appelle régulièrement et on échange, car lui, il sait, il a déjà goûté au produit. Je n'aide pas Valenciennes et n'ai aucune implication dans ce qu'il s'y passe, j'échange simplement sur d'autres choses avec leur coach adjoint. Et si j'ai pu également aller présenter mon projet à l'OM, c'est grâce à lui, car il était responsable des U19 et il y croyait en ce produit.

Mais pour un club amateur, qui n'a pas les mêmes moyens qu'un club professionnel, et qui a aussi d'autres choses à gérer, recourir à un préparateur mental pourrait être déraisonnable non ?

C'est vrai, car les milliers d'euros sont hyper comptés dans un club amateur. Après, je le dis en toute modestie, tu fais venir Neymar ou Mbappé dans ton équipe t'en auras pour ton argent. Moi ce que je fais avec les clubs amateurs, et même les joueurs amateurs pour leur donner un coup de main, je les fais payer aux résultats. C'est assez intéressant, car cela permet de convaincre plus facilement la personne en face de toi, car souvent le président, c'est un financier, donc il a du mal à céder. Mais quand tu lui expliques qu'il ne payera que lorsque les résultats seront obtenus, il est un petit peu plus détendu.

Aujourd’hui est-ce une évidence pour un club professionnel d’avoir recours à une préparation mentale ?

Je dis souvent qu'aujourd'hui tous les coachs sont compétents, la formation française est performante, et les jeunes joueurs formés le sont aussi. Il y a beaucoup de joueurs au même niveau, et finalement la différence elle se fait sur ce qui n'a pas été encore fait justement. Et ce qui n'est pas fait, c'est le travail sur l'aspect mental. C'est utiliser des nouveaux leviers pour obtenir des résultats supérieurs à l'autre équipe ou à l'autre joueur. C'est l'un des axes de progression du football, les limites physiques vont être atteintes. Le football se joue de plus en plus vite, il y a maintenant tellement de joueurs ultrarapides, mais on n'ira pas plus vite que la musique, un moment tout cela va s'arrêter. Quand on sera au bout de ces limites physiques, il restera quoi ? Le mental. Si on ajoute un métier supplémentaire à ce que l'on fait, on obtiendra sûrement un résultat supérieur à ce que l'on fait aujourd'hui.


Propos recueillis par Bilal BEY

Restez informé !

Inscrivez-vous à notre newsletter :