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Interviews

4 novembre | 14h28

Mathias Coureur : « J'ai vu une navette spatiale décoller dans l'espace »

Actuellement meilleur buteur d'Europe avec Tcherno More Varna (D1 Bulgare), l'attaquant français Mathias Coureur (32 ans), a révélé à Actufoot les secrets de sa forme étincelante. Ce véritable globe-trotter du foot, transité par la Géorgie, le Kazakhstan ou encore la Corée du Sud, raconte ses bonnes et mauvaises expériences. Entretien.

EXPAT Mathias Coureur

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Robin Van Persie avait un chant « He scores when he wants (il marque quand il veut) » régulièrement repris par les fans d’Arsenal à chacun de ses buts. Ca aurait pu être votre cas aussi avec des supporters au stade ?

(Il sourit). J’avais déjà fait un passage au Tcherno More Varna entre 2014 et 2016 et ça c’était super bien passé. Je ne vais pas dire que j’étais le chouchou mais j’étais déjà l’un des joueurs phares de l’équipe. Du coup, quand je suis revenu, ça n’avait pas beaucoup changé avec les supporters. Et pour la petite histoire justement, je n’étais pas très chaud à l’idée de resigner ici. J’avais laissé une bonne image au club et je suis venu avec la peur de moins bien faire. Au final, statistiquement ça se passe mieux même si au niveau du foot, je ne trouve pas forcément.

Ca fait quelle sensation d’être le meilleur buteur d’Europe ?

Je n’ai pas calculé, on est venu me le dire sur les réseaux sociaux. Après, j’ai des matches d’avance, j’en suis conscient (sourire). Je regardais un peu les stats des autres comme Zlatan (Ibrahimovic), Cristiano, Messi et j’ai vu qu’ils ont moins de matches disputés. Mais j’ai quand même des petites captures d’écran et je les garde en souvenir. Je pourrai dire à mes enfants que, pendant un petit moment, j’ai été le meilleur buteur d’Europe.

*Depuis mardi soir, Mathias Coureur a été rejoint par Robert Lewandowski avec 12 unités au compteur

Vous avez marqué 12 des 16 buts de votre équipe en championnat. Comment êtes-vous perçu par votre coach, vos coéquipiers, et au sein même de la ligue bulgare ?

Franchement, je ne sais pas trop. Avant tout ça, je sais que j’étais un joueur auquel on faisait un peu attention. Là, j’imagine que c’est un peu décuplé. Après, je ne ressens pas trop de différence parce que je suis resté le même. Aussi, on n’a pas des résultats qui font en sorte que je fasse la différence, en fait. [Il hésite] Je ne dirai pas que je nous sauve, mais mes buts masquent les apparences. J’aurais préféré que ce soit le contraire, qu’on dise : « ils sont en tête parce qu’ils ont un buteur ». Mais ce n’est pas vraiment ça.

Comment expliquez-vous ce début de saison, le meilleur de votre carrière ?

C’est ma meilleure saison statistiquement. Je n’avais jamais mis plus de 11 buts dans une année et je viens de le faire en moins d’une moitié de saison. Mais au niveau de mes performances, de mon foot, ce n’est pas ma plus aboutie. C’est un ressenti personnel, certaines personnes peuvent penser autrement. Aujourd’hui, j’ai 32 ans et beaucoup d’expérience. Enfin, je dirais que je joue plus avec ma tête qu’avec mes qualités. Je suis heureux dans ma vie, je me suis marié et peut-être que ça compte. Je me sens bien, moins dispersé. Je pense aussi que mon passage en Corée du Sud, et je l’ai toujours dit, m’a beaucoup servi.

Avez-vous aussi changé des choses, des petits détails dans votre quotidien de sportif ?

Les féministes vont peut-être s’énerver mais j’ai la chance d’avoir une femme qui veut tout faire à la maison. Elle ne veut pas que je m’occupe du ménage, de la cuisine etc. Avant, c’était moi qui le faisait tout seul. Je suis dans un confort, je n’ai à penser qu’au foot. Quand on s’est marié, ma femme a pris conscience d’elle-même qu’elle m’aidait beaucoup et je la remercie pour ça. Elle est venue en Bulgarie et a un peu sacrifié sa vie, je ne l’oublie pas.

Les sollicitations sont forcément plus nombreuses durant cette période faste ?

Ce n’est pas comme si je n’avais jamais connu ça mais honnêtement, et ce n’est pas pour faire de langue de bois, je ne m’en préoccupe pas. J’ai une clause libératoire ici, si un club me veut vraiment il sait ce qu’il à faire et après on pourra discuter. Pour l’instant, je ne calcule pas. Je suis en train de faire la meilleure saison de ma vie en termes de stats, j’essaie de profiter de mes dernières années de foot.

Les clubs de haut de tableau du championnat bulgare comme Ludogorets qui joue souvent la Coupe d’Europe ou le CSKA Sofia pourraient-t-ils vous intéresser ?

Pour vous dire la vérité, j’avais fait la promesse ici que je ne jouerai jamais pour un autre club bulgare. J’ai regretté d’avoir fait cette promesse parce que j’ai fini par jouer dans un autre. Je n’ai pas regretté le fait d’y avoir joué parce que dans le foot, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Dans ma tête, quand j’ai quitté Tcherno More Varna en 2016, je n’allais jamais revenir en Bulgarie. Les circonstances ont fait que j’ai dû y revenir. A un moment, il faut manger, il faut travailler donc j’ai trouvé un employeur. Manque de chance, c’était en Bulgarie. Aujourd’hui, je suis très heureux dans mon club qui est mon préféré de toute ma carrière. La suite, on verra, je pense que j’ai encore cinq, six ans dans les jambes.

Que dites-vous à votre agent ?

(Il coupe). Je ne lui demande même pas. Il m’appelle si il y a un truc concret. On parle beaucoup de moi en ce moment, ça se passe bien et ça fait plaisir. Parce qu’à mon âge, je n’aurais jamais pensé ça. Je lui ai dit que je ne voulais pas m’encombrer avec les intérêts, je veux rester dans ma dynamique et dans ma philosophie. Si il y a quelque chose de sérieux, bien sûr je veux être au courant afin que je réfléchisse si le projet peut m’intéresser. Tant qu’il n’y a rien de concret, je ne veux rien savoir. Et pour l’instant, il n’y a rien de concret.

Pour en revenir au Tcherno More Varna, vous avez quitté le club en 2016 puis y êtes revenu en 2019. Pourquoi ne pas être resté à l’époque et pourquoi y être revenu ?

Je l’ai quitté parce qu’il y avait le projet d’un club géorgien qui voulait jouer les poules soit de Ligue des champions, soit d’Europa League. Je savais qu’avec mon club, ce serait difficile d’y aller et surtout, j’avais laissé une bonne image au Tcherno More Varna. Je ne voulais pas partir sur une mauvaise note et j’avais ce challenge au Dinamo Tbilissi. J’ai tardé à y revenir parce que financièrement, il y avait des offres que je ne pouvais pas refuser.

Ca s’est mal passé en Géorgie ?

Très mal. On me demande souvent quel est le regret de ma carrière, les gens pensent que c’est Nantes. Pour moi, c’est la Géorgie. Nantes aussi, parce que si j’y avais joué, je pense que j’aurais eu une autre carrière. Mais une fois ma carrière lancée, le choix que je regrette, c’est la Géorgie. Leur projet était un mensonge, en plus, il y a eu des problèmes de paiement. Je ne me sentais pas bien, je savais que j’étais en plein dans un mensonge et je ne voulais pas me rabaisser à tout ça. J’ai préféré partir sans être payé.

Actufoot • Mathias Coureur Dinamo Tbilissi

En 2016, Mathias Coureur rejoint le Dinamo Tbilissi. Un choix qu’il regrettera plus tard… Photo : DR

Comment réagir lorsqu’on n’est pas payé par son club dans un contexte que l’on ne maîtrise pas forcément ?

C’était la deuxième fois que je vivais ça. En Espagne, c’était les deux derniers mois de mon contrat, ils m’avaient demandé de ne pas m’inquiéter et de ne pas saisir la FIFA. Je leur ai fait confiance et ils m’ont payé. En Géorgie, le problème n’était même pas de ne pas être payé. J’avais pris un salaire là-bas et avec ce que tu prends, tu peux vivre très longtemps dans le pays. Le problème, c’était le projet qu’ils m’ont vendu. Que les joueurs étaient au courant que s’ils ne se qualifiaient pas pour la Coupe d’Europe, le club allait faire en sorte d’essayer de virer les étrangers. Les Géorgiens savaient tout ça. Je suis tombé dans un traquenard. Je ne pouvais pas le supporter. A la fin, c’était ok vous m’avez mis là-dedans, mais payez-moi.

Vous avez aussi pu découvrir le Kazakhstan pendant deux ans.

Le Kazakhstan, j’ai beaucoup aimé. J’étais un peu le chouchou du public aussi donc c’était mortel. Aussi, j’ai remarqué que lorsque ça se passe bien sur le terrain, tu as souvent envie de découvrir le pays dans lequel tu vis, les gens. C’était un peu compliqué au début parce que je suis noir, j’ai subi des choses. Je le prenais mal mais j’ai fait preuve d’ignorance. Sinon, j’ai apprécié voir comment la population aime son pays. Ils m’ont fait penser aux Algériens qui sont des gens très patriotiques. Et je trouve ça beau parce qu’on parle très mal du Kazakhstan. On dit qu’ils sont sous une dictature et pourtant, ils aiment leur nation.

Quels étaient vos passe-temps là-bas ?

Moi, j’étais à Kyzylorda, qui est l’ancienne capitale. Et il n’y a rien à faire, c’est pour ça que les gens aiment tant le foot. J’ai goûté des plats locaux mais il ne faut pas me demander le nom (rires). Je me souviens du Bortsch, un genre de soupe que j’ai beaucoup aimé. Des fois, j’allais au restaurant et je choisissais de choses au hasard sur la carte. Sinon, j’ai vu une navette spatiale aller dans l’espace ! Et puis j’ai fait du cheval, beaucoup de cheval. Apparemment, en France, il faut prendre des cours. Moi, ils m’ont mis dessus et puis c’est parti !

Sur le plan humain, ces expériences doivent énormément vous enrichir.

La Corée du Sud beaucoup. Je suis arrivé dans un pays avec une culture vraiment spéciale. C’est bête, mais j’ai appris là-bas que les Chinois, Japonais et Coréens ne sont pas tous les mêmes. J’aime bien m’intéresser au pourquoi du comment et en parlant avec les Coréens, je voulais savoir pourquoi on travaillait autant chez eux. Eux ne font pas attention à leur famille. Le plus important, c’est le travail. Pour l’anecdote, la fille d’un mec de mon équipe venait de naître et il est resté avec nous pendant une semaine parce qu’on avait un match qui arrivait. Je lui ai dit : « mais t’es fou, bombarde voir ta fille ! » Il ne voulait pas à cause du match. J’ai appris que leur pays était l’un des plus pauvres, cinquante ou soixante ans en arrière et qu’ils s’en étaient sortis que par leur travail. C’est rentré dans leur culture et quand tu sais ça, tu comprends la mentalité. Ca m’a rendu plus travailleur aussi.

Actufoot • Mathias Coureur Seongnam

Mathias Coureur sous les couleurs du Seongnam FC (première division coréenne). Photo : DR

Comment gère-t-on l’aspect familial lorsqu’on est un globe-trotter du foot ?

Je suis parti tôt de chez moi, à 11/12 ans, pour le centre de formation du Havre. Ce n’est pas très loin de la région parisienne mais j’étais quand même à distance de mes parents. Ils savaient que j’étais déterminé à être footballeur. Jusqu’à mes 25/26 ans, je pensais que j’allais faire que ça. Où que ce soit, il fallait que j’exerce mon métier. Si j’ai quitté la France, c’est parce qu’elle ne voulait plus de moi. Il était hors de question que je redescende en CFA2 après m’être entrainé avec un club de Ligue 1. C’était ma vision des choses et je pensais partir à l’étranger pour mieux revenir un jour dans le championnat de France, qui était mon rêve. Au final, j’ai pris goût à voyager, à découvrir d’autres cultures et de nouvelles personnes. D’ailleurs, j’ai appris que ma voisine de pallier à Sucy-en-Brie (94) est Bulgare alors que j’ai vécu 25 ans à côté d’elle sans le savoir. Un jour je l’ai entendue parler au téléphone dans le hall et j’ai pu amorcer une discussion avec elle. Voyager, ça casse des frontières. Peut-être qu’avant ça, elle me prenait pour un petit jeune qui pissait dans l’immeuble (rires). Après ça, elle a changé de regard sur moi.

Vous nous parliez précédemment de vos regrets. Ne pas avoir eu l’occasion de montrer vos qualités en France, notamment au Havre et à Nantes a été un coup dur ?

Ca m’a brisé parce qu’à l’époque quand je sors de Beauvais (National), j’ai 20 ou 25 clubs sur moi. Je choisis Nantes qui possède une belle histoire, un club qu’aimait bien mon père, mais je ne savais pas tout ce qu’il s »y passait à l’intérieur. C’est l’inexpérience. Le président Kita me dit : « t’es là pour prendre la relève de Da Rocha ». Quand j’arrive, je suis très excité et dès le premier jour, mon rêve s’effondre. Der Zakarian me dit clairement que ce n’est pas lui qui me voulait, que c’est la direction. Derrière, j’étais jeune donc j’ai eu la mauvaise réaction. Puis quand t’es à la cave, c’est dur de s’en sortir. Ce qui m’a le plus brisé pour le coup, ce n’est pas ça. C’est quand je me suis relevé à peu près de cet échec. Tu appelles les autres clubs et plus personne ne veut de toi. Mon rêve, c’était de jouer dans mon pays en Ligue 1.

Etes-vous amer envers un football français qui n’a pas voulu de vous ?

Il y en a peut-être qui vont me prendre pour un fou parce s’ils regardent ma carrière à ce jour. Mais je vois des joueurs qui réussissent en Ligue 1 qui n’étaient pas plus forts que moi, et je ne les pense toujours pas au-dessus. Je me dis que j’aurais pu y jouer mais ce n’est pas à cause de mes qualités si je n’y suis pas. C’est à cause de mon mental et du fait qu’on a décidé pour moi que je ne pouvais pas y prétendre. Aujourd’hui, personne ne peut dire que c’est à cause de mes qualités que je ne joue pas en Ligue 1. Celui qui dit l’inverse, il est fort. L’autre histoire qui fait mal, c’est lorsque Gernot Rohr était prêt à me faire jouer mais que la direction avait décidé qu’elle ne voulait plus de moi. Deuxième coup sur la tête, un coach te dit qu’il veut te faire confiance et tu es obligé de partir.

Actufoot • Mathias Coureur FC Nantes Icon Sport

Mathias Coureur rejoint le FC Nantes en 2008, où il ne jouera finalement aucun match. (Photo : Icon Sport)

Dans votre biographie sur Twitter, est écrit par vos soins : « Trop riche pour taper dans un ballon ». Que souhaitez-vous exprimer à travers ces mots ?

Ca résume l’ensemble des voyages que j’ai faits, tout ce que j’ai vu, ce que j’ai traversé, parce qu’il y a eu des moments difficiles comme ma dépression. Je ne l’ai jamais cachée parce que les jeunes doivent savoir dans quoi ils mettent les pieds. Moi je n’étais pas préparé à tout ça. J’ai gagné beaucoup d’argent, j’en ai perdu beaucoup, puis j’en ai regagné beaucoup. J’ai aussi perdu beaucoup d’amis. Jusqu’à mes 26 ans, je pensais que je ne savais que jouer au ballon. Maintenant je sais que je suis capable de beaucoup de choses. Ce n’est pas le foot qui me rend riche mais la vie que j’ai menée.

Y-a t-il des personnes qui ont pu vous marquer spécialement au cours de votre carrière ?

Je pense à plusieurs personnes. Gustavo Siviero, un entraîneur argentin que j’ai eu en Espagne, le meilleur de toute ma carrière. Mes formateurs et ma formation au HAC, le top niveau, y’a qu’à regarder les joueurs qui en sortent. Ce qui m’a été tranmis là-bas m’a encore plus servi dans ma vie d’homme que celle de footballeur. Enfin, je dirais Nikola Spasov, un coach que j’ai eu à Tcherno More et mon entraîneur en Corée du Sud. Lui m’a fait souffrir, me faisait m’entraîner trois fois par jour mais c’est une bonne personne. Même si des fois il ne me faisait pas jouer. C’était le coach le plus défensif de la Ligue et il fallait que je défende beaucoup, que je garde les ballons. Ce n’était pas trop mon style de jeu mais il m’a inculqué de la rigueur et ça m’a aidé dans la vie de tous les jours.

Quel pays kifferiez-vous découvrir en tant que footballeur si vous en aviez la possibilité demain ?

J’ai toujours dit que j’aimerais jouer en Colombie ou dans un pays d’Afrique noire. Aussi, je voulais jouer au Wydad (Maroc) pour l’ambiance. Il y a aussi la Thaïlande, j’ai vu des images et ça a l’air pas mal ! Si j’avais un souhait demain, ce serait le Wydad ou la Colombie. J’avais été voir la finale du championnat colombien et c’était une folie. Le Wydad ou le Raja (les deux clubs de Casablanc, Ndlr), mais plus le Wydad par rapport à ma femme (sourire).

Et en France ?

Mon rêve c’était de jouer au PSG et à Jules Deschaseaux, au Havre. Il y a un club que j’aime bien, c’est le Paris FC parce que c’est à côté de chez moi. Ce serait un beau retour. Sinon, partout en France. C’est mon pays donc si je peux enfin réaliser mon rêve d’y jouer au haut niveau, ce serait le top. Mais si ça n’arrive pas, ça n’arrive pas !

Propos recueillis par Thomas Gucciardi

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