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Gambardella 2011 : 10 ans après, les acteurs de Monaco-ASSE ouvrent la boîte à souvenirs

14/05/2021 à 18:32

Après avoir dominé l'AS Saint-Etienne (1-1, 4-3 aux tab) au Stade de France, l'AS Monaco soulevait, le 14 mai 2011, sa première Coupe Gambardella depuis 1972. Et qui de mieux que les acteurs présents sur la pelouse ce jour-là pour sortir la boîte à souvenirs, entre instants magiques pour les uns et déception immense pour les autres.

A l’image de la Coupe de France, compétition de tous les possibles, la Coupe Gambardella détient des pouvoirs magiques : ceux d’unir, d’aguerrir des générations et de charmer la jeunesse. Parce qu’elle donne l’opportunité depuis 1998 de rêver du Stade de France et ses 80 000 places. Une finale de Gambardella, c’est jouer en lever de rideau des adultes qui se disputent la Coupe de France, une finale de Gambardella, c’est déjà le moment parfait pour écrire une première ligne à son palmarès.

Pour Terence Makengo et plusieurs de ses partenaires de l’épopée monégasque, ce trophée est d’autant plus fort qu’il n’en a malheureusement pas appelé d’autres après dix années de carrière dans les jambes. « De quoi je me rappelle ? De mes deux occasions loupées » répond du tac o tac au bout du fil l’attaquant de Villefranche-Beaujolais (N1), qui était aligné à la pointe de l’attaque du club de la Principauté. Je me rappelle d’un match serré, pas facile. Du Stade de France forcément, de l’ambiance et de l’environnement. En tant que jeune, c’est quelque chose dont on rêve, dont on se souvient à vie. Je n’ai pas eu l’occasion de gagner d’autres titres majeurs puisque j’étais prêté à Auxerre lorsque Monaco a été champion de Ligue 2 en 2012. La Gambardella, c’est un mélange de beaucoup de bons souvenirs. » Mis sur orbite grâce à un coup de tête du défenseur central Jérémy Labor (6e), l’AS Monaco n’est pas parvenu à faire le break, ce dont s’est voulu Makengo lorsque Saint-Etienne a fini par revenir suite à une frappe flottante d’au moins 30 mètres signée David Douline (81e).

« Dix ans, déjà ! Ca fait mal à la tête et au corps »Jessim Mahaya, ancien milieu offensif de Saint-Etienne

Auteur de l’égalisation stéphanoise devant toute sa famille venue l’encourager dans les travées de l’enceinte de Saint-Denis, l’indéboulonnable milieu de terrain de Rodez (L2) se souvient « d’un engouement plus fort que d’habitude pour un match de jeunes. » Il raconte quelques étoiles encore dans les yeux : « Christophe Galtier (le coach de l’équipe première à l’époque, ndlr) était venu nous voir, il nous avait glissé un petit mot en fin de séance. Un pro était même monté dans le bus avec nous. C’était assez impressionnant parce qu’il y avait beaucoup de monde au Stade étant donné que la finale qui suivait était Lille-PSG. C’est aussi un des premiers matchs télévisés qu’on faisait avec de vrais commentateurs. » Lorsqu’il a constaté les dégâts de sa tentative lointaine trompant Sourzac à l’aide d’un rebond vicieux, l’ancien Vert a littéralement laissé exploser de joie sur la pelouse du Stade de France. « Je me suis beaucoup fait chambrer sur cette célébration pour laquelle je n’avais rien préparée », se marre-t-il aujourd’hui. Egalement précieux pour avoir transformé son tir au but, David Douline a plus que fait le job ce 14 mai 2011. « Ca se joue sur une séance de pénaltys. Avec du recul, j’ai vécu un ascenseur émotionnel puisque j’avais égalisé. C’est cruel » soupire le joueur du RAF.

Le résumé vidéo complet de la finale ASM-ASSE

« Dix ans, déjà ! Ca fait mal à la tête et au corps, lâche dans un éclat de rire Jessim Mahaya dès l’instant où nous le sollicitons. On en reparle souvent avec mes potes de cette finale. Forcément, tu repenses direct au Stade de France. Je crois que j’avais fait venir une trentaine de personnes. » Numéro 10 sur le dos, le milieu offensif formé à Saint-Etienne sort une belle prestation au cours de laquelle il délivre notamment plusieurs très bons ballons à ses attaquants. « La pilule est mieux passée parce que j’avais fait un très bon match mais la défaite, je l’ai mal vécue sur le moment. C’était une grosse désillusion. Aujourd’hui, je garde de très bons souvenirs de la Gambardella. Mais on sait très bien que s’il y avait eu victoire, c’était peut-être 3/4 des joueurs de l’équipe qui auraient signé pro. » regrette-t-il aussi. Au lieu de ça, Mahaya a dû se battre et bourlinguer pour vivre du football, de la Belgique à l’Algérie en passant par Rodez. Depuis l’an dernier, il porte les couleurs du FC Bourgoin-Jallieu (N3) qui lui permet de se concentrer uniquement sur le football, un club entraîné par Jérémy Clément à l’origine de sa venue dix ans après leur rencontre à l’ASSE.

« Certains avaient refusé de tirer »Benjamin Morel, ex-latéral droit de Monaco

Le verdict de ce Monaco-Saint-Etienne a finalement été rendu à l’issue d’une séance de tirs au but fatidique. « Je n’ai pas eu le même stress que les joueurs titulaires mais il est vite monté, se rappelle Benjamin Morel, entré en jeu à la 88e minute pour l’ASM et auteur de la cinquième tentative synonyme de sacre. « On les travaillait avec Ciccolini (l’entraîneur monégasque) avant chaque week-end. C’est un exercice dans lequel j’étais en réussite aux entraînements donc j’y suis allé. Certains avaient refusé de tirer par rapport aux ratés deux saisons plus tôt en Championnat de France face au PSG. Si on regarde la vidéo, on voit sur mon visage que je suis quand même stressé dès lors que je pars du milieu de terrain pour aller vers la surface. A ce moment-là, il faut tout oublier et se concentrer. » Ce qu’a superbement su faire le coéquipier de Yannick Ferreira-Carrasco et Valentin Eysseric en exécutant la sentence d’un plat du pied sécurité. En fin de contrat aspirant, le défenseur de la génération 93, désormais affilié aux joutes régionales avec le ROS Menton (R1), avait renouvelé son contrat lors des semaines qui suivaient.

Des générations encore liées et soudées ?

Les 22 titulaires comme les remplaçants ont tous pris des trajectoires très différentes depuis dix ans (voir vidéo plus bas). Certains brillent de mille feux et s’apprêtent à disputer la finale de la Ligue des champions comme Kurt Zouma, d’autres jouent en Ligue 1, en Turquie ou comme Mahaya et Morel au sein des championnats amateurs. Pour autant des liens forts se sont-ils créés entre ces générations ? « Je trouve qu’on est pas mal lié » abonde Terence Makengo, qui passe souvent ses vacances avec son ami Layvin Kurzawa (PSG). « On se voit quand je monte sur Paris, nos femmes s’entendent bien. Mais j’ai aussi des contacts avec un peu tout le monde que ce soit Eysseric (Fiorentina), Mendy (Leicester), Phojo (Clermont) etc. J’ai aussi Appiah par téléphone de temps en temps. » L’attaquant de Villefranche a aussi eu l’occasion de croiser son ex-coéquipier Jérémy Labor lors de la venue du Red Star dans le Rhône. Benjamin Morel, qui faisait partie des rares 93 au sein de la génération 92 n’a pas trop gardé de contacts avec ses anciens partenaires hormis Florian Valot (New York Red Bull) même s’il lui est arrivé d’en croiser certains à Monaco avec qui il a pris plaisir à longuement échanger. « Si on prend les 16 joueurs du groupe, je suis le seul à ne pas avoir percé » reconnait-il par ailleurs humblement. Une des raisons qui font aussi que le défenseur resté sur la Côte d’Azur à Menton a décroché d’une période qu’il qualifie de « magnifique au sein d’une très belle génération. »

« Un mec comme Kurt (Zouma) que j’adorais, je vois ce qu’il fait sur Instagram mais lui je ne sais pas s’il voit ce que je fais »David Douline

Chez les Stéphanois, Mahaya révèle que chacun a bien pris des chemins opposés. « On ne se parle plus vraiment comme à l’époque. C’est avec David (Douline) que j’échange d’ailleurs par ci par là. Avant, j’étais bien proche d’Idriss (Saadi) mais c’est compliqué après de garder contact. On est loin des yeux, marié, on a des enfants. Mais quand on se revoit, on est très heureux. La preuve, j’ai croisé Pierre-Yves (Argaud) au Parc de la Tête d’Or (à Lyon) il y a quelques jours et on a passé l’après-midi ensemble. » raconte le milieu offensif du FC Bourgoin-Jallieu en N3. Interrogé sur ses liens avec les ex-Stéphanois, Douline a hésité. « Ca dépend. J’en suis beaucoup sur Instagram, avec les stories, eux je ne sais pas. (sourires). Un mec comme Kurt (Zouma) que j’adorais, je vois ce qu’il fait et c’est magnifique, mais lui ne voit pas forcément ce que fais. » On a vérifié et effectivement, l’international français ne le « follow » pas. Loin des yeux près du coeur ?

Que sont devenus les 22 titulaires ?