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Guillaume Norbert : « Je ne me vois nulle part ailleurs qu’avec le Racing »

13/04/2021 à 17:44

On poursuit aujourd’hui notre rubrique un jour-un club avec Guillaume Norbert, entraîneur du Racing CFF. L’ancien joueur professionnel nous parle de son club mais aussi de ce qu’il recherche en priorité chez un coach.

Guillaume Norbert, quelle est votre avis sur la décision de la FFF de déclarer une saison blanche pour le championnat de N3 ?

J’étais au départ forcément déçu mais après, plus le temps avançait, plus on se doutait que ce serait cette décision qui allait être prise. La Fédération est soumise aux décisions du gouvernement et vu l’aggravation de la situation actuelle, ça semblait compliqué de pouvoir reprendre dans ces conditions, beaucoup de clubs ayant arrêté de s’entraîner. Néanmoins, je pense que les choses auraient pu être mieux gérées en amont. En prenant certaines décisions entre fin février et début mars, je suis convaincu qu’une reprise était envisageable… Ça n’a pas été le cas et c’est dommageable car cela ne donne pas un bon message.

Il y a beaucoup d’incertitudes…

Tout à fait, cela crée une incertitude au niveau des clubs et des licenciés. Notre sport en a d’ailleurs perdu pas mal malheureusement. Un tel arrêt ne va-t-il pas encourager les parents à ne pas aller inscrire leurs enfants la saison prochaine ? C’est pour cela aussi que je militais pour reprendre, même si je sais que certains pensent que notre première place au classement était la seule et unique motivation. Ce n’est pas le cas, même si bien entendu j’aurais aimé qu’on puisse continuer sur notre lancée. Quand on voit que dans tous les différents domaines qui sont sinistrés, les gens se battent pour trouver des solutions et reprendre l’activité, je pensais que c’était aussi important que nous les gens du football, nous nous battions aussi pour reprendre la nôtre.

« Un impact sur le football et sur une potentielle carrière de ces jeunes talents »Guillaume Norbert

Ancien joueur de haut niveau (plus de 100 matchs pro avec Lorient, Créteil, Angers, Le Havre, Nantes), vous êtes bien placé pour nous parler de l’impact d’un tel arrêt sur le futur des joueurs.

C’est comme dans tout, pour être bon et performant, il faut s’entraîner. Les joueurs qui réussissent au plus haut niveau ont certes un talent mais ont aussi plus travaillé que les autres. Il n’y a pas de réussite sans travail. Et pour beaucoup de jeunes, tout ce temps actuellement, c’est du temps perdu. Malheureusement, j’ai peur que certaines générations soient sacrifiées. Par exemple, les U17 Nationaux des différents clubs non professionnels n’ont pas la possibilité de se faire remarquer, c’est une chance en moins pour eux. Le temps passe et d’autres plus jeunes vont arriver. Leur chance sera passée sans avoir eu la possibilité de se montrer. Cette situation a vraiment un impact sur le football et sur une potentielle carrière de ces jeunes talents.

Durant votre belle carrière, y a t-il des entraîneurs qui vous ont marqué ?

Quand je suis arrivé en Angleterre (Guillaume Norbert a quitté la France et le PSG à 16 ans pour signer 3 ans à Arsenal, ndlr), j’ai eu la chance de côtoyer Arsène Wenger. J’ai vraiment été surpris par le côté humain qu’il dégageait malgré sa grande expérience et sa notoriété, c’était quelqu’un qui était proche de ses joueurs. A Lorient, j’ai eu également la chance d’avoir Christian Gourcuff qui était un entraîneur qui prônait le jeu avant tout.

Il y a également un entraîneur moins connu et que je n’ai malheureusement pas eu très longtemps. C‘était à Nantes, il avait pris l’intérim de Serge Le Dizet, c’est Georges Eo. J’avais beaucoup aimé cet entraîneur, et là encore, je parle avant tout de son côté humain. Je pense être quelqu’un qui à ce côté là. J’essaye d’être un entraîneur proche de mes joueurs car je sais que lorsque je jouais c’était pour moi un aspect important.

Pensiez-vous déjà à une carrière sur le banc lorsque vous étiez encore joueur ?

Honnêtement non, c’était trop tôt, et ce malgré le fait d’avoir commencé à passer mes diplômes d’entraîneur pendant que j’étais en activité. Je me disais plus que ça pouvait être une piste parmi d’autres dans le cadre de ma reconversion mais ce n’était pas quelque chose qui était ancrée en moi, j’étais vraiment concentré sur ma carrière de joueur.

« Le sentiment que c’était un coup d’épée dans l’eau »Guillaume Norbert

Votre première expérience en tant qu’entraineur principal a été gâchée par deux saisons tronquées. Cela doit être frustrant, surtout que cela ne se passait pas trop mal pour le Racing ?

C’est certain que c’est très frustrant. Au-delà du début de championnat réussi avec 5 victoires et un nul, c’est tout un travail en amont dans le recrutement pour former un groupe, toute la préparation d’avant saison, toutes ces semaines de travail avec rigueur et persévérance pour préparer cette équipe et faire qu’elle soit la plus performante possible. Je me rappelle encore de ce stage en Normandie, c’est tout un investissement de temps et d’énergie. On a ce sentiment que c’était un coup d’épée dans l’eau.

Quelle est la place du Racing aujourd’hui et son ambition ?

Le Racing est un club qui peut potentiellement aller tout en haut et qui dans son passé l’a déjà fait. Il a gagné des championnats de France, des Coupes de France, c’est le deuxième plus vieux club de France après le HAC. Ce sont des couleurs qui représentent quelque chose. On a la chance que le Stade Yves du Manoir soit site olympique. Il va être complètement refait. Je compare souvent notre club à une belle endormie et c’est pour cela que l’on met toute notre énergie et toute notre passion pour essayer de redorer le blason du club et de le ramener à une place plus digne de ce beau club qu’est le Racing.

En ce qui concerne votre effectif, cela ne va t-il pas être trop difficile de garder tout le monde ?

J’ai envie de m’inscrire dans une continuité et je souhaite garder mon effectif dans une grande majorité. Après bien sûr, d’une année sur l’autre, il y a toujours quelques modifications mais cette saison, elles seront bien moindres que les saisons précédentes. On a réussi à créer un groupe, il y a des garçons qui vivent bien ensemble, qui sont contents d’être les uns avec les autres. Ils ont montré qu’ils pouvaient être performants. Maintenant, voilà, on ne sait jamais de quoi est fait demain donc on verra bien, mais en tout cas dans mon esprit, le souhait est avant tout de garder cet effectif et que l’on puisse poursuivre le travail ensemble la saison prochaine.

« Je ne me voyais pas dans un futur proche reprendre une activité dans le foot »Guillaume Norbert

Avez-vous un plan de carrière en tant que coach ?

Quand j’ai obtenu mon DES, j’ai commencé à travailler en Suisse, en étant l’adjoint de Marco Simone. Notre expérience a duré 8 mois là-bas. Le club ne nous a pas reconduits parce que Marco ne s’était pas entendu sur les conditions. Ils ont donc pris un nouvel entraîneur qu’ils ont viré 3 mois plus tard. Quand ils nous ont rappelé, j’avais une décision à prendre en sachant que mon enfant était encore à l’école primaire. Il y avait une vraie interrogation sur le fait de continuer dans cette voie et d’imposer à mon fils de changer d’école en permanence.

J’ai donc pris une direction complètement différente. J’ai dit à Marco que je ne repartais pas car je souhaitais privilégier la stabilité de mon fils et très vite j’ai monté une société dans le bâtiment avec un ami. J’avais donc tourné une page et je ne me voyais pas dans un futur proche reprendre une activité dans le foot. Puis est venu le projet du Racing avec mon père qui en est le Président. La perspective de vivre une telle aventure avec lui, au sein de ce club chargé d’histoire m’a tout de suite séduit. Donc aujourd’hui, si plan de carrière il doit y avoir, c’est d’arriver à aller le plus haut possible avec le Racing et je ne me vois nulle part ailleurs qu’avec le Racing.

Je vous laisse le mot de la fin coach.

J’aimerais adresser d’abord un message de soutien à tout le monde dans cette période si difficile. Nous sommes tous victimes de cette crise sanitaire, directement ou indirectement. Malgré cela je vois de la résilience, des gens qui se battent, qui inventent, qui trouvent des solutions.

À l’échelle de notre club je vois l’investissement des salariés ou bénévoles, le dévouement des éducateurs, la passion intacte de nos jeunes malgré la frustration d’être privés de compétition. Je trouve cela inspirant et je les en remercie. Je nous souhaite à tous que ce virus soit rapidement derrière nous pour que tous ensemble nous puissions rêver à nouveau dans la pratique de notre sport.

Propos recueillis par Reynald Trunsard

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