InterviewExpat

Maxime Biamou (Coventry City) : « Je suis un soldat donc je n’ai peur de rien »

05/05/2021 à 17:30

Formé au CFFP (Centre de formation de football de Paris), Maxime Biamou a décidé de rallier l'Angleterre à 26 ans. Passé de la National League (cinquième division Anglaise) à la Championship (D2 anglaise) le franco-camerounais revient sur son parcours.

Formé au CFFP, vous êtes passé par Villemomble, l’AS Yzeure ou encore Sutton United. Aujourd’hui vous êtes au Coventry City. Quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Une belle ascension. Il faut savoir que quand je suis entré à la fac, j’ai arrêté le football pendant quatre ans. À la suite de ça, j’ai fait une année en PH puis la saison suivante, je me suis fait les croisés. Pendant plus d’un an, j’ai arrêté le football pour me soigner. Puis j’ai repris et joué en CFA 2, CFA et j’ai atterri à Sutton United. J’ai gravi les échelons petit a petit. C’est là que l’on voit qu’avec détermination et travail, on peut faire de grandes choses. Dans la globalité, j’ai un bon regard sur ma carrière. Après quand je reviens en arrière, je me dis que je peux toujours mieux faire. Très jeune, j’ai fait des détections, à l’âge de douze ans. Au CFFP, j’étais l’un des premiers à faire des essais dans des clubs professionnels. Reprendre le football en PH et être, aujourd’hui, en Championship, c’est incroyable et c’est quelque chose que je n’aurais jamais imaginé.

En juillet 2016, vous avez choisi donc de rejoindre Sutton United en cinquième division anglaise. Pourquoi ce choix ?

Premièrement parce que j’avais envie de tenter ma chance autre part. Tout le monde rêve de jouer en Angleterre, lorsque l’on regarde la Premier League, tout le monde veut tenter sa chance pour jouer là-bas et découvrir l’atmosphère anglaise. C’était une période où je me posais beaucoup de questions par rapport à la France. Je me disais qu’en France, on ne donne pas assez d’opportunités aux gens et c’est ça qui m’a poussé à tenter ma chance autre part.

Quitter la France a été un choix difficile ?

Un peu car je suis parti dans l’inconnu. Après, j’ai la chance que l’Angleterre ne soit pas très loin, c’est un pays qui je connaissais donc je n’avais pas trop d’appréhension. J’étais surtout excité à l’idée de rejoindre le pays.

Vous avez 26 ans à ce moment-là, vous êtes dans un pays étranger. Comment s’est passée votre acclimatation au sein du club et dans votre nouvelle vie ?

Au début, c’était compliqué car je ne parlais absolument pas la langue mais Bedsente Gomis, joueur Français, m’a beaucoup aidé à ce niveau. Les premiers mois étaient compliqués aussi parce que le club était basé à Londres et que je vivais à Southampton, à 1h30 de route. En termes de football, c’était assez difficile parce que c’est autre chose qu’en France. L’arbitre ne siffle jamais les fautes, ça joue beaucoup avec les mains. C’est aussi très rythmé et sachant que l’arbitre ne siffle pas, il n’y a pas de temps d’arrêts, c’est deux fois plus intense. J’ai dû m’adapter très rapidement et jouer plus physique sinon ça allait être dur pour moi.

« Trois ans avant j’étais au quartier, je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie »Maxime Biamou

Lors de cette saison, vous faites un bon parcours en FA Cup. Vous affrontez Arsenal lors du 5ème tour (victoire 2-0 d’Arsenal), avez-vous eu un sentiment de fierté avant de débuter le match ?

Oui, j’étais très fier car pour ma part, c’était impensable. Trois ans avant j’étais au quartier, je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie et me retrouver à jouer contre Arsenal, c’est incroyable. Je suis quelqu’un de très déterminé avec beaucoup d’ambitions, c’était une fierté parce que je n’ai jamais lâché.

Maxime Biamou
Maxime Biamou contre Rob Holding, joueur d’Arsenal, lors du 5ème tour de FA CUP.

L’Angleterre est connue pour sa ferveur, existe-elle-même dans les divisons inférieures ?

Ce qui est fou en Angleterre, c’est que tu peux parler avec une personne et lui demander quelle équipe elle supporte, elle peut te répondre une équipe de quatrième voire cinquième division. Avec Sutton, j’ai joué contre Tranmere Rovers FC (club de D5), qui, à chaque match à domicile, fait venir 10 000 spectateurs. Ici, tout est décuplé et tu sens vraiment que le football est une réelle passion. Ils vivent le football, si leur équipe perd, quelle que soit la division, ils vont passer une mauvaise semaine.

Avez-vous personnellement ressenti cette ferveur dans l’un de vos clubs ?

Lorsque j’ai signé à Coventry, j’ai eu 1500 abonnés en plus en 24H. Les supporteurs me félicitaient, essayaient de savoir qui j’étais. Lors de mon premier match, je vois que le stade est immense et quand je rentre, je vois 13 000 spectateurs, j’étais choqué. Quand on se déplace à Wembley, les places sont vendues de manière équitable pour les clubs. Toutes les places pour Coventry étaient vendues, nos supporters étaient venus à 40 000. À l’extérieur, ils sont toujours là derrière nous à donner de la voix.

Le 25 aout 2018 vous vous faites une rupture du ligament croisé qui vous éloigne des terrains pendant presque un an. La saison suivante, lorsque que vous êtes de retour, vous êtes 3ème dans la hiérarchie des attaquants. Qu’est-ce que vous vous dites à ce moment-là ?

Je me suis dit que ça allait être une saison compliquée et longue. En sachant aussi que le coach voulait me prêter mais que je n’avais pas voulu. Cette année, il avait ramené un attaquant acheté 1 million donc je savais que ça allait être difficile. Je revenais des croisés, je n’avais rien à perdre donc autant tenter le tout pour le tout et faire ma saison. J’avais commencé avec les U23, j’ai dû marquer des buts avec eux pour prouver et montrer que je n’avais plus de problèmes avec mon genou, afin que l’entraineur puisse m’intégrer avec l’équipe première. Finalement, ça a porté ses fruits.

Cette année, vous êtes monté en Championship (deuxième division anglaise), comment décririez-vous le championnat ?

C’est un championnat très compliqué. Passer de League One (D3) à Championship, c’est difficile. En League One, c’est plus intensif et physique alors qu’en Championship, c’est plus tactique. Toutes les équipes ont un bon coach avec de bons joueurs qui ont pour certains, déjà joué en Premier League.

Quelles sont vos ambitions avec le club cette année ?

Au début de saison, l’entraineur faisait un peu pression pour que je parte sans forcément avoir de réelles raisons donc je n’ai pas pu faire de pré-saison. J’étais quatrième dans la hiérarchie des attaquants. Je m’entrainais encore avec les U23 en début de saison. C’était un peu compliqué pour moi mais au final, j’ai réussi à jouer et à passer numéro un. Personnellement, je suis assez content de ce que j’ai fait cette saison. Je suis confiant de mes capacités, je suis un soldat donc je n’ai peur de rien et je savais que ça allait le faire. J’avais plus une ambition collective qui est le maintien et on va tout faire pour l’obtenir.

Vous êtes actuellement 18ème (sur 24 équipes) à 6 points du premier relégable, comment abordez-vous cette fin de saison ? (Entretien réalisé, il y a quelques semaines. Le club est actuellement maintenu et se classe à la 17ème place)

Une fin de saison difficile avec des matchs compliqués à aborder. Le destin ne tient qu’à nous-mêmes parce qu’on est une bonne équipe qui joue bien au football mais uniquement quand on a envie de le faire. Parfois, il y a cette passion ou cette peur d’affronter des grosses équipes, des gros joueurs, ce qui fait qu’on se met en difficulté tout seul. Il faut juste qu’on joue notre football et ça devrait le faire. Il faut absolument qu’on se maintienne.

« Ici, si tu rates une passe à l’entrainement, on te crie dessus directement »Maxime Biamou

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans cette expérience en Angleterre ?

Les opportunités, en Angleterre, si tu joues bien et que tu fais une bonne saison, tu vas monter dans les divisons au-dessus. Je pense que j’ai eu ce manque d’opportunités en France. En France, on a des joueurs extraordinaires que personne n’a poussé et qu’on garde uniquement pour le bien du club et non pour l’intérêt du joueur. Ce qui me plait aussi, c’est que les Anglais sont des travailleurs, ils sont déterminés, ils ne bronchent pas. Ils vont se tuer sur le terrain mais par contre, une fois le match terminé, on rigole et on passe de bons moments. Ici, si tu rates une passe à l’entrainement, on te crie dessus directement et à la fin de l’entrainement, on va tous rigoler ensemble. C’est une autre mentalité et c’est bien d’apprendre de ce genre de personnes car ça te forge et ça te donne une autre mentalité.

Vous êtes franco-camerounais, avez-vous déjà été contacté pour rejoindre la sélection ?

Non, mais ça serait un rêve de porter les couleurs du Cameroun. Ça ferait plaisir à toute ma famille et à mon père qui est né là-bas.  Jouer en Championship est déjà une consécration mais jouer pour le Cameroun ferait de moi l’homme le plus heureux du monde. Je pense qu’ils ont un regard tourné vers moi mais il y a de la concurrence. Mais je vais tout donner pour avoir la chance d’intégrer la sélection, c’est un objectif.

Quelles sont vos rêves, objectifs pour la suite ?

Ce que j’ai accompli, c’est déjà énorme mais comme je l’ai dit, je suis quelqu’un d’ambitieux et mon but est de jouer le plus haut possible et pourquoi pas un jour en Premier League, qui sait. (sourires). Le plus important en tout cas est de prendre le plus de plaisir possible.

Souhaitez-vous un jour représenter les couleurs d’un club français ?

Oui, pour être honnête jouer en Ligue 1 est un objectif. Mon plus grand regret est de ne pas avoir pu réaliser le parcours que j’ai accompli en France car c’est ce que j’aurais voulu en priorité.

Propos recueillis par Yanis Ben Messaoud