Projet Super Ligue

Super Ligue : ce qu’en pensent les acteurs du foot amateur

20/04/2021 à 17:30

Les acteurs du monde amateur interrogés par Actufoot ont majoritairement critiqué le projet de Super Ligue initié par douze clubs européens.

« Je suis contre car j’en ai marre de tout ce fric. J’espère que tout le monde va se soulever contre cette ligue et empêcher par tous les moyens qu’elle soit mise en place, sinon ce sera la fin du foot populaire ! » Président du CASE Nice Football, Eddy Laï ne décolère pas depuis dimanche soir et l’annonce de la création d’une Super Ligue européenne quasi-fermée. Et il n’est pas le seul. Car rares sont les personnes, connues ou non, qui se proclament ouvertes au projet mené par douze grands clubs fondateurs, perçus aujourd’hui comme des traitres, des assassins du foot par ceux qui l’aiment et le regardent avec passion. “Ce format va tuer l’un des aspects fondamentaux de notre sport qui est la méritocratie. Tu as avais l’espoir, certes illusoire, que si tu travaillais bien il existait une possibilité d’être un jour à la table des grands » observe Ludovic Assemoassa. L’entraîneur de la N3 du SC Lyon a sans doute apprécié voir l’Olympique Lyonnais terrasser deux sécessionnistes, Manchester City et la Juventus, lors du Final 8 l’an dernier. Si la Super Ligue va au bout de son action, ce ne sera plus possible. Ou alors seulement lorsque l’OL y sera « gentiment invité », peut-être une année sur quatre.

L’argent, le nerf de la guerre

Alors que les retombées financières qu’engendreront la compétition s’annoncent potentiellement énormes pour les participants (la banque JP Morgan a déjà promis un investissement compris entre 4 et 6 milliards d’euros pour lancer le projet), la dimension sportive a été mise au placard selon Fabien Valéri.« C’est un projet purement économique. Une guerre économique entre l’UEFA qui cherche à protéger son système où ils s’en mettent plein les poches et entre les clubs qui, à mon avis, pensent qu’ils ne s’en mettent pas assez. C’est une bataille financière, c’est pour ça qu’ils ont monté ce projet. Je ne vois pas d’autres intérêts. » juge l’entraîneur du Paris 13 Atletico.

Dans son communiqué officiel, la Super Ligue expliquait sa vocation à « générer des ressources supplémentaires pour toute la pyramide du football ». Une promesse destinée à faire mieux accepter le projet au grand public mais qui ne convainc pas, pour le moment. « C’est un problème de riche. Je pense que c’est contre les valeurs du football qui est un sport populaire », abonde dans le même sens que son homologue d’Ile-de-France, Didier Caignard (entraîneur de l’Entente SSG). Ces gens-là oublient d’où les joueurs viennent. Ils viennent de la base et leur système de Super Ligue va tuer cette base. C’est pas bien, je suis déçu. Ils ont beaucoup d’argent et en veulent encore plus. Le football doit rester populaire et à la portée de tous. On s’éloigne de tout ça. » 

 « Au final, par où passe les futures vedettes du ballon rond ? Par le foot amateur » F. Ménini, entraîneur R1 AS Monaco

Sans expliquer qu’il se place en faveur d’une Super Ligue, Hervé Yvars ne se dit pas surpris par sa création « car le modèle existe déjà dans d’autres sports. ». Le technicien d’Ain Sud Foot (N3) précise ses propos : « Bien évidemment que l’intérêt majeur de cette nouvelle ligue est financier, mais le foot-business n’a pas attendu la création de ce nouveau projet pour exister. » Difficile de lui donner tort sur ce coup. Une fois leur compétition lancée, les participants projettent de se verser une « prime à la signature » comprise entre 100 et 350 millions d’euros chaque année, somme « destinée uniquement à des investissements en infrastructures et pour compenser l’impact de la crise du Covid-19 », ont-ils expliqué. « Quand on voit la répartition du « gâteau » on peut s’apercevoir que seulement 20% est partagé sur le plan sportif », calcule Fred Ménini, l’entraîneur de la R1 de l’AS Monaco. « Il n’y a plus de mérite sportif, plus d’attache avec le monde amateur… Mais au final, par où passe les futures vedettes du ballon rond ? Par le foot amateur. Cette ligue est une vaste fumisterie mais j’ai espoir que tout le monde se rebiffe pour ce que j’estime être « la mort du foot. » dénonce-t-il.

« L’ancienne C1 a été arrêtée par les mêmes qui crient scandale aujourd’hui »H.Yvars, entraîneur de la N3 d'Ain Sud

Nostalgique de la Coupe d’Europe des Clubs Champions qui offrait des matches à élimination directe « aux scénarios palpitants », Hervé Yvars rappelle que la Ligue des champions est, elle aussi, née pour des raisons économiques. « L’ancienne C1 a été arrêtée par les mêmes qui crient scandale aujourd’hui », assène-t-il, estimant que les nouvelles générations, les amoureux et passionnés de football continueront à regarder les grandes affiches, à suivre les grands clubs quelle que soit la configuration des compétitions. » Encore une fois, difficile en effet d’imaginer un boycott mondial même si le changement proposé n’enthousiasme pas les fans. Parce que le charme de cette compétition qui satisfait globalement le public, « c’est aussi de voir les petits clubs réaliser des exploits », rappelle Eric Delorme, directeur sportif du CS Neuville dans le Rhône. « Je préfère une formule avec l’accès aux plus méritants. Mais honnêtement, je pense que ça ne nous changera pas trop au CDJ Antibes. » préfère ironiser de son côté l’Azuréen Alain Nicosia. Effectivement, le combo bière-pizza entre potes devant l’écran du club house après l’entraînement, lui, ne changera pas de saveur.

Thomas Gucciardi