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Interviews

22 octobre | 10h03

N. Usaï : « Comme beaucoup d'entraîneurs, j'attends l'étincelle »

Sans club depuis décembre 2020, Nicolas Usaï a accepté d'évoquer sa situation et son quotidien à Actufoot. L'ancien entraîneur de la Berrichonne de Châteauroux (L2) explique aussi comment il met son temps libre à profit pour enrichir ses connaissances avant son prochain challenge sur un banc.

Interview Exclusive Nicolas Usaï

Depuis votre limogeage de Châteauroux, vous avez décliné des offres en National (Lyon-Duchère, Créteil) l'hiver dernier et avez été annoncé dans le viseur de clubs de Ligue 2 (Guingamp, Caen, Nancy) à la fin de l'exercice 2020-2021. Quelle est votre situation à ce jour ?

Je suis un entraîneur sans club, attentif et je patiente tranquillement. C'est vrai que ça commence à faire un petit moment et il y a des périodes pas évidentes à gérer, mais j'avais aussi besoin de cette coupure pour différentes raisons. Comme beaucoup de techniciens, j'attends l'étincelle.

Quel type de projet pourrait vous faire basculer à nouveau ?

Avec beaucoup de transparence et de sincérité, ce serait quelque chose de très négatif d'avoir des certitudes là-dessus. Il faut être attentif quel que soit le projet proposé, donc j'écouterai toutes les propositions qui me seront faites. Je ne veux pas dire : "Je veux absolument être dans ce championnat ou dans un autre". Je trouve ça inutile. Quand je vous parle d'étincelle, c'est, à un moment donné, le téléphone qui sonne et un feeling qui passe dans la conversation. C'est quelque chose d'important pour moi et, parfois, ça peut aller très vite.

Qu'est-ce qui a pu bloquer au cours des discussions entreprises ?

Ce n'est vraiment des choses qui ont bloqué, il n'y a pas vraiment eu de proposition. J'ai hésité sur un projet mais ça ne s'est pas réalisé. Je ne peux pas vous révéler le nom des clubs par respect pour les entraîneurs en place.

Comment mettez-vous à profit ce temps libre ?

Je regarde énormément de matches que ce soit de Ligue des champions, de Ligue 1, Ligue 2, National. Je vais voir aussi beaucoup de rencontres de National 2, National 3. J'ai besoin de ça.

C'est une période qui peut être enrichissante pour un entraîneur. Elle permet aussi de faire le point, d'avoir des idées, d'être à l'écoute de tout ce qui se dit. Parce que lorsqu'on est dans la fonction, on est tellement focalisé sur son équipe et sur son club qu'on se coupe de certaines choses

Et en termes de réflexion personnelle ?

C'est une période qui peut être enrichissante pour un entraîneur. Elle permet aussi de faire le point, d'avoir des idées, d'être à l'écoute de tout ce qui se dit. Parce que lorsqu'on est dans la fonction, on est tellement focalisé sur son équipe et sur son club qu'on se coupe de certaines choses. Comme j'ai du temps, j'essaie d'emmagasiner, de prendre des informations, des notes et surtout de regarder beaucoup de matches. J'ai eu l'occasion d'aller voir la promotion du BEPF quand elle venue à Marseille, j'étais au match de National entre Bourg-en-Bresse et Sedan, je bouge beaucoup. En milieu de semaine, je prépare mes plannings pour le week-end avec un match de National le vendredi à 19h, celui de Ligue 1 à 21h et m'organise par rapport à ceux qui vont être disputés samedi et dimanche.

Avec des moyens et un effectif à l'époque limités du côté de Châteauroux, (le club a depuis été racheté par United World détenu par un prince saoudien) estimiez-vous avoir suffisamment prouvé pour vous permettre de rebondir assez rapidement à ce niveau ?

J'ai été sollicité assez rapidement après mon départ de Châteauroux mais ce n'était pas le bon timing pour rebondir. J'aurais pu signer dans un autre club quinze jours après pour rester dans le circuit mais ça aurait été malhonnête de ma part. Je ne regrette pas cette décision même si aujourd'hui j'ai des fourmis dans les jambes et l'envie de retrouver le terrain. Par rapport au travail effectué à Châteauroux, il a été bien fait puisqu'on a réussi à se maintenir deux années de suite et quand mon staff et moi sommes partis, nous n'étions pas relégables. On est partis avec le sentiment du devoir accompli. Aujourd'hui, je suis dans les meilleures dispositions pour repartir sur un projet et ce qui est excitant, c'est que je ne sais pas où ça va m'emmener.

Je ne veux pas me fermer des portes qui pourraient être magnifiques. Si un appel de l'étranger s'avère excitant, qu'il me rend enthousiaste, je partirai sans aucun problème. Je prépare justement une formation d'anglais pour m'enrichir et parer à cette éventualité

Des clubs étrangers vous-ont ils contacté ? Est-ce envisageable de tenter un défi hors de l'Hexagone ?

Je n'ai pas eu de sollicitations concrètes, il en a juste été question au printemps dernier. Bien sûr, je suis à l'écoute, je ne peux pas vous dire qu'il est hors de question que j'aille à l'étranger. Je ne veux pas me fermer des portes qui pourraient être magnifiques. Si un appel de l'étranger s'avère excitant, qu'il me rend enthousiaste, je partirai sans aucun problème. Je prépare justement une formation d'anglais pour m'enrichir et parer à cette éventualité.

Les entraîneurs français s'exportent assez peu. Pourquoi selon vous ?

Déjà, à cause de la langue, et j'en suis le premier concerné. Je trouve qu'on est déficient par rapport à l'anglais, qui paraît tellement banal à maîtriser, et pourtant. Après, on a quand même quelques entraîneurs qui s'exportent même si c'est bien moins que les Portugais par exemple. Les raisons sont difficiles à expliquer.

Repartir sur un projet dans le monde amateur, ce n'est pas quelque chose que je m'interdis

Prenons l'exemple de Sébastien Desabre aux Chamois Niortais. Il s'est construit une solide réputation à l'étranger avant de revenir exercer en France. Son parcours devrait-il être plus inspirant qu'il ne l'est ?

Tout à fait, c'est une superbe trajectoire. Il a fait du bon boulot en Afrique et on peut aussi prendre l'exemple d'Hervé Renard, issu du monde amateur et qui a fait de super parcours. Il n'y a pas de chemin tout tracé dans les carrières des entraîneurs.

Comme lui, vous êtes issu du monde amateur. Est-ce une véritable lutte pour avoir sa chance dans le monde professionnel ?

Lorsqu'on me parle de mon métier, et c'est assez paradoxal, on me parle souvent de Consolat (renommé depuis Athlético Marseille, ndlr), du parcours que l'on a pu faire avec ce club qui restera toute ma vie dans mon coeur. Mais j'ai été formé à Istres avec des fonctions d'adjoint en Ligue 2 pendant sept ans donc automatiquement dans le monde pro. Les lumières sont moins mises sur les staffs et sur les adjoints mais on oublie souvent qu'avant Consolat, j'ai été dans un club professionnel structuré. Je suis fier de mon parcours et de ma trajectoire et c'est ce qui me permet d'avoir conscience aujourd'hui qu'un club de N2 peut très vite se retrouver en Ligue 2 et que le métier d'entraîneur reste le même. C'est du management. Ça peut m'arriver à moi aussi de repartir sur un projet dans le monde amateur, ce n'est pas quelque chose que je m'interdis.

Actufoot • Usai Consolat

En 2015-2016, Nicolas Usaï a été tout proche de réaliser une montée historique en Ligue 2 avec le GS Consolat Marseille. Son équipe avait terminé 4e de National à un point du podium (Crédit photo : Icon Sport).

Dans un monde idéal mais utopique, durer dans un club serait la plus belle des choses. Mais il y a un paramètre fondamental à prendre en compte, c'est le résultat et c'est aussi ce qui donne toute la saveur et l'excitation dans ce métier

Vous vous êtes rendu l'an dernier sur les installations de l'OM pour observer le fonctionnement du centre de formation. Dans quelle démarche ?

J'habite pas loin de la Commanderie, j'ai été formé là-bas et j'y connais beaucoup de monde donc ça m'intéressait de discuter avec les éducateurs de la formation. Je sortais d'une expérience à Châteauroux où même si j'étais l'entraîneur de la Ligue 2, j'ai été impacté par le travail du centre de formation en étant proche des éducateurs. Je voulais simplement voir le fonctionnement d'un club comme Marseille qui possède d'autres moyens par rapport à la Berrichonne. C'était enrichissant pour moi parce que peu importe le club où je me trouve, je fais toujours très attention aux équipes de jeunes. A Châteauroux, j'avais la chance d'avoir un vivier et de très bons jeunes à disposition.

S'inscrire dans la durée avec un club, trouver l'osmose totale semble de plus en plus difficile pour les entraîneurs. On a l'impression que les aventures communes ne dépassent plus le cap des deux ans et que cette "tendance" à couper la tête de l'entraîneur dès la première mauvaise série de résultats est devenue complètement banale.

Dans un monde idéal mais utopique, durer dans un club serait la plus belle des choses. Mais il y a un paramètre fondamental à prendre en compte, c'est le résultat et c'est aussi ce qui donne toute la saveur et l'excitation dans ce métier. On est toujours tributaire de ce qui va se passer le week-end et c'est ce qui en fait la beauté. Alors oui, on sait que c'est un métier précaire parce que les décisions peuvent être prises très rapidement mais c'est aussi son essence. Dans l'évolution du football, on peut aussi noter qu'il y a une vingtaine ou une trentaine d'années, les éducateurs de la formation n'étaient pas en danger. Aujourd'hui, on constate même de nombreux changements dans les centres (U17, U19 Nationaux) et dans le championnat N2. Le métier évolue avec des choses positives et d'autres négatives, la précarité est présente mais il reste tellement beau et passionnant.

Recueillis par Thomas Gucciardi

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