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Interviews

29 novembre | 16h30

Andy Pembélé : « L’amour ça ne s’explique pas »

Andy Pembélé n'a que 21 ans, mais il est déjà réfléchi et adepte de la punchline. Au cours d'un entretien accordé à Actufoot, il se dévoile, en évoquant son parcours scolaire effectué en parallèle de sa carrière de footballeur, ainsi que ses souvenirs de Sarcelles, « ses bas » à Caen, et sa résurrection au PFC. Avec pour fil rouge le ballon.

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Andy, il parait qu’à côté du football, tu as toujours laissé une place importante aux études. C’est vrai ?

Oui, après avoir obtenu le BAC j’ai enchaîné avec un BTS en communication, même si c’est parfois compliqué de mélanger le foot et l’école… Nos emplois du temps ne sont pas adaptés à nos entraînements, notamment.

L’école ne comprend pas que tu es joueur de foot et que tu as besoin d'un emploi du temps spécifique ?

C’est rare un joueur qui continue les études après le BAC, ce qui rend difficile le fait de trouver des écoles qui s’adaptent à nous. Ils ont dû mal à comprendre certaines choses. Quand je ratais des cours à cause du foot, j’étais pénalisé, et je devais tout rattraper ensuite. J’ai vraiment charbonné (Rires) ! Par exemple, au moment de l’obtention de mon BTS, je ne savais pas que j’allais avoir la possibilité de le passer en ligne, j’ai été surpris, et quand je l’ai appris il ne me restait qu’une semaine pour le préparer. En une semaine, j’ai rattrapé toute mon année ! Ma sœur peut en témoigner, je n’ai quasiment pas dormi. J’ai charbonné comme jamais. On venait juste d’être en vacances (pour le football, NDLR) et je travaillais de 8 heures à 3 heures du matin… Je ne faisais plus de sport, plus rien, c’était « école école école », à fond. Et, au final, j’ai eu des bonnes notes. J’étais choqué.

C’est ton père qui a insisté pour que tu poursuives après ton BAC, c’est ça ?

C’est ça. D’ailleurs, au début, je le faisais un peu parce que j’y étais obligé. Mais au fur et à mesure j’ai compris que c’était pour mon bien, après le foot il y a une vie ! Je me suis dit que je n’allais pas attendre de finir ma carrière - si jamais j’en ai une -, je ne vais pas attendre pour entamer autre chose. Autant enchaîner. Pourquoi attendre de finir ma carrière pour reprendre l’école ? En plus, reprendre l’école quand on s’est arrêté pendant longtemps, c’est compliqué… Je préfère le faire maintenant. D’autant plus que c’est quelque chose qui me plait. C’est moi qui veux devenir consultant sportif.

Dès que je prendrai ma retraite, quoi qu’il arrive, je serai toujours dans le foot. C’est vraiment quelque chose que je ne pourrai jamais lâcher.

Andy Pembélé

Pourquoi consultant sportif ?

Ma vie tourne autour du football. C’est impossible qu’il y ait un moment dans ma vie sans foot. À partir de là, consultant sportif ça me semblait être le métier le plus adapté pour moi. Je ne me vois pas coach. Consultant c’est … J’aime bien la communication, l’analyse, les débats… Consultant sportif, c’est ce qui me parait le plus approprié si je veux garder ce lien avec le foot. Dès que je prendrai ma retraite, quoi qu’il arrive, je serai toujours dans le foot. C’est vraiment quelque chose que je ne pourrai jamais lâcher.

On nous a dit que quand tu signes à Sarcelles en U14 Régional, tu avais tous les grands clubs d’Ile-de-France qui te voulaient, mais que tu as décidé de suivre ton ami, Lenny Pintor. Vous êtes toujours très proche tous les deux ?

Toujours. Je dirais même plus, ce n’est pas un ami, c’est un frère. J’ai grandi avec lui. On se connait depuis tout petit. J’ai souvent été chez lui, tout comme il a souvent été chez moi. Sa mère c’est comme ma mère, son père c’est comme mon père. Dans le sens où, même quand il n’est pas chez lui, je peux y aller. C’est à ce point-là. Et, jusqu’à aujourd’hui ça n’a pas changé. Il est à Lyon, mais je peux passer chez lui pour voir ses parents, sa sœur, … comme si j’étais chez moi. On a toujours ce lien-là et je pense qu’il ne bougera jamais.

Tu te souviens de Charles Zoko ?

Bien sûr que je m’en souviens, c’était mon premier coach quand je suis arrivé à Sarcelles.

Il nous a dit que tu te souviendrais peut-être d’un certain Sarcelles-PSG… Tu dribbles quatre joueurs dans un petit périmètre, tu marques, vous célébrez le but comme jamais… Et trois secondes plus tard, Paris marque…

(Sourire) Forcément que je m’en rappelle de celui-là ! Je crois même que, lors de ce Sarcelles-PSG, il y avait un certain Junior Dina Ebimbe, qui est toujours là-bas d’ailleurs, qui est aussi un ami à moi, et qui jouait avant à Sarcelles … C’était un match particulier. Du fait de son retour, mais aussi parce que quand Sarcelles joue le PSG il y a toujours une atmosphère différente. Alors, quand je marque, j’éclates de joie ! Je suis à fond. Surtout que c’est « un vrai but ». Et, au final, il y a du relâchement derrière, et c'est finit (Rires) ! Je crois d’ailleurs que sur le but il n’y était pas pour rien (Dina Ebimbe, NDLR)...

Actufoot • Junior Dina Ebimbe PSG Icon Sport

Dina Ebimbe, ex-coéquipier de Pembélé à Sarcelles.

En 2015, t’as quitté la région parisienne à seulement 15 ans pour rejoindre Caen. Ça a été un chamboulement important pour toi ?

Pas tant que ça. Pour la simple et bonne raison qu’avant de partir à Caen j’étais à Clairefontaine. J’avais déjà quitté chez mes parents depuis 2 ans. J’y étais habitué. La chose qui changeait c’était la fréquence à laquelle j’allais voir mes parents. Quand j’étais à Clairefontaine en post-formation, je les voyais tous les week-ends, tandis que là j’allais les voir peut-être une fois par mois. C’est la seule différence. Donc le fait de changer ça n’a pas été un chamboulement. Ça ne m’a pas fait peur et ça n’a pas changé grand-chose à ma vie. Le grand chamboulement, c’est deux ans avant, quand je pars à l’INF. On ne s’y attend pas. Je n’avais que 13 ans et je quitte chez mes parents... Mais ça s’est bien passé parce que c’était pour le foot. J’aurais même pu le faire plus tôt, tant que c’est pour le foot...

Ça te vient d'où cet amour pour le football ?

Je ne sais absolument pas d’où ça me vient. La seule chose que je peux dire c’est que c’est mon frère qui m’a immiscé dedans, c’est avec lui que j’ai tapé les premières fois dans le ballon, mais à partir de ce moment-là c’est devenu l’amour fou. Je jouais au foot dehors tout le temps, sur du béton, dans les gymnases, partout. Ça n’a pas bougé. C’est juste comme ça. Tu sais, l’amour ça ne s’explique pas.

À Caen, t’as notamment fait une grosse saison avec les 19 Nationaux. Pourquoi t’as pas percé avec l’équipe première à Malherbe ?

Parce qu’ils m’ont proposé un très mauvais contrat, au mauvais moment. Lors de ma dernière année de contrat et malgré ma bonne saison, le club me propose un contrat amateur, tandis qu’au même moment Lille se présente et me propose un contrat professionnel. Mais de toute façon, je ne voulais plus rester à Caen. J’ai vécu des années vraiment compliquées là-bas. Difficiles. C’est le passage le plus mitigé de ma carrière. C’est mon premier centre de formation, j’y ai connu des hauts, mais tellement de bas… Je n’aimais plus l’atmosphère. Je voulais absolument quitter ce club, et le fait qu’ils me proposent un contrat amateur malgré ma bonne saison, ça n’a fait que me conforter dans l’idée qu’il fallait que je parte.

Quand j’avais le ballon, je devais toujours utiliser ma vitesse, aller tout droit… J’avais l’impression qu’ils me prenaient pour un train.

Andy Pembélé

C’est quoi ces « très gros bas » ?

Je ne me suis pas toujours bien entendu avec mes coaches. Il y a eu des cassures. J’ai connu beaucoup de désaccords. J’ai raté énormément de matches aussi, j’ai même fait des mois et des mois sans jouer, et j’ai souvent été rétrogradé.

Le club a mal compris comment tu fonctionnais, selon toi ?

Oui, je pense qu’ils m’ont mal compris, qu’ils ont voulu me brider. Ils voulaient que je joue uniquement sur ma vitesse. Quand j’avais le ballon, je devais toujours utiliser ma vitesse, aller tout droit… J’avais l’impression qu’ils me prenaient pour un train. Je ne prenais plus de plaisir sur le terrain. Ça n’existe pas un joueur de foot qui prend le ballon et qui va tout droit ! Tu ne peux pas prendre de plaisir comme ça, je crois.

Et là, le LOSC de Luis Campos, qui vient de terminer deuxième de Ligue 1, te proposes un contrat professionnel. Super rebond, non ?

J’étais très heureux d’avoir cette option, c’est vrai. C’était le résultat d’un travail que j’avais fourni tout au long de la saison. Ça avait payé. Je me dis alors que, finalement, le travail que j’ai fourni était réel. Ça crée forcément une énorme satisfaction.

On t’avait promis de rapidement entrer dans la rotation ?

Non, absolument pas. Je faisais partie des jeunes professionnels. La réserve là-bas est appelée « Pro 2 », parce qu’il y a énormément de joueurs professionnels en réserve. Donc quand je vais là-bas, je sais que j’y vais avec l’équipe réserve, même si j’ai la conviction que je vais pouvoir monter avec les pros pour essayer de prouver (ma valeur, NDLR). D’ailleurs, l’opportunité s’est présentée assez rapidement puisque je crois que moins d’une semaine après mon arrivée j’enchaîne avec mon premier entrainement avec les pros.

Finalement, après 13 matchs de N2 avec la réserve et un contrat pro en poche, la saison est arrêtée à cause du Covid, et toi tu quittes le club. Pourquoi ?

À la fin de l’année, on est descendu avec la N2. Sauf qu’en réserve c’est beaucoup de jeunes professionnels, et je devenais l’un des plus âgés. Le LOSC, c’est un club qui envoie ses jeunes là-haut très rapidement, donc pourquoi faire jouer des 2000 en N3, quand tu peux faire jouer des 2002, 2003 ou 2004 ? Les joueurs de ma tranche d’âge ont tous dû trouver un projet ailleurs. Que cela soit un prêt ou un transfert définitif. J’aurais pu rester au LOSC, mais je n’aurais pas joué. Les plus jeunes auraient eu la priorité.

Septembre 2020, retour en région parisienne, avec une signature au Paris FC. C’était important pour ton équilibre de revenir ici ?

Pas vraiment. Je n’ai pas forcément d’attaches avec une région en particulier. C’est peut-être parce que je suis parti très tôt. Là, c’est tombé sur la région parisienne, tant mieux, mais ça aurait été dans un autre pays, j’y serais allé.

Au Paris FC, la politique est vraiment axée sur le fait de propulser des jeunes de la région en équipe première, après un passage en réserve. C’est ce qui t’a séduit ?

C’est bien plus complexe que ça. Tu vas être étonné d’entendre ce que je vais dire. Quand je pars du LOSC, je suis un pro qui n’a pas d’expérience en pro. C’était compliqué de retrouver un club, parce que les autres clubs se méfient. Ils n’ont que des matches de National 2 à se mettre sous la dent… C’est tout de suite plus compliqué pour un transfert. Il faut racheter mon contrat, il y a des indemnités à payer, et un club n‘a pas de raison de payer des indemnités pour un joueur qui n’a pas connu le monde pro. Ça refroidit, en tout cas. C’est pour ça que j’ai eu énormément de mal à trouver un club. Alors, je pars en essai au Paris FC… C’est comme ça que j’arrive là-bas.

C’était inimaginable pour moi, ça me renvoyait à quand j’étais en U12, U13, j’ai eu l’impression de faire un énorme retour en arrière…

Andy Pembélé

En essai ?

Oui, j’y vais en test ! J’étais professionnel, mais j’ai fait un test. C’était inimaginable pour moi, ça me renvoyait à quand j’étais en U12, U13, j’ai eu l’impression de faire un énorme retour en arrière… Je n’ai pas triché, je ne l’ai pas volé mon contrat professionnel. Et, non seulement je pars en test au Paris FC, mais je pars en test avec la réserve ! Pas avec les pros. C’est une tout autre atmosphère. J’étais choqué. Mais, finalement, j’y vais. Le feeling passe bien. Sur le terrain, c’est super. Ils m’ont carrément fait redécouvrir une part de football que j’avais perdu. Je n’ai même pas de mot pour décrire mon expérience quand je suis arrivé là-bas : c’était incroyable. Ils m’ont remis sur les rails. J’ai commencé avec la réserve, puis en test ils ont vu que j’avais le niveau pour basculer avec les pros, et c’est suite à ça que je re-signe un contrat pro. Ce n’est pas le processus classique d’un transfert du LOSC au Paris FC. Je suis allé en réserve, j’ai prouvé, ils m’ont jugé puis m’ont reproposé un contrat pro. Même si je ne pense pas qu’ils voulaient me proposer ça au départ…

Ils voulaient te proposer quoi ?

Je pense que ça devait être un contrat amateur à la base. Le coach, quand je suis arrivé là-bas et que je lui ai dit que j’étais pro, que je venais pour chercher un contrat pro, il m’a dit que des joueurs étaient déjà installés, déjà devant moi, que ces joueurs avaient fait des entrainements avec les pros, le tout avec le même âge que moi, et que par conséquent je ne pouvais pas débarquer de nulle part et leur prendre ce contrat pro. Il fallait suivre le cheminement logique. Aller charbonner avec eux, montrer sur le terrain que j’étais meilleur qu’eux, ou que j’avais au moins un niveau équivalent, pour pouvoir justifier le fait que je signe pro.

Le coach en question, c’est Mathieu Lacan. Tu peux me parler de lui ?

Il m’a rappelé le coach que j’avais à Clairefontaine. Physiquement, d’abord. Mais surtout dans sa façon de coacher. C’est lui qui m’a fait retrouver le plaisir que j’avais perdu sur le terrain. Il m’a fait retrouver mon insouciance, celle qui m’a fait entrer à Clairefontaine, puis à Caen, et qui a toujours été un point fort chez moi.

Actufoot • Andy Pembélé PFC vs Havre Icon Sport

Le choix de Créteil, c’est pour évoluer régulièrement un cran au-dessus de la réserve ?

C’est exactement ça. L’année passée, je n’ai pas joué tout de suite avec les pros. J’étais dans le groupe, je m’entrainais avec eux, j’ai fait des entrées, mais j’avais peu de temps de jeu. C’est ce que je viens chercher en National.

Comment tu gères psychologiquement le fait d’être prêté ?

Dans un premier temps, j’ai trouvé ça bizarre. Tu n’arrives pas avec le même statut que les autres et tu n’appartiens pas totalement au club dans lequel tu arrives. Donc c’est un peu différent. Je n’avais jamais vécu ça. Mais, au final, je vis une bonne expérience. Je me sens vraiment Cristolien. D’autant plus que j’arrive à engranger du temps de jeu dernièrement. Ça a été difficile pour moi au début, je ne jouais pas. Je m’entraînais la semaine, avant de repartir en réserve. Mais je pense que j’ai su m’adapter au National, notamment en termes d’agressivité, et maintenant j’enchaîne.

Tu te projettes déjà, pour ton avenir ?

Forcément que je réfléchis à mon avenir. Je suis en prêt, en plus d’être en fin de contrat avec le Paris FC en fin d’année. Ce qui est sûr c’est que je veux aller plus haut. Et cette saison, je veux faire en sorte de me créer un maximum d’opportunités pour la suite.

Propos recueillis par Augustin Delaporte

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