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Portraits

4 octobre | 11h32

Arnaud Tattevin, la soif du but retrouvée

Attendu gros comme une maison à Rennes où il a évolué dix ans, Arnaud Tattevin est finalement parti du club par la petite porte. Avant de connaître une deuxième vie au Paris FC, où il a inscrit le 24 septembre dernier son premier but en professionnel.

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C’est l’histoire d’une seconde chance. Celle offerte à un garçon qui a tout cassé à Rennes pendant dix ans, avant d’en partir par la petite porte, presque dans l’anonymat. Arnaud Tattevin est pourtant un passionné. Il a du talent, aussi. Suffisamment pour être appelé par les sélections nationales de jeunes (France U16 et U17), et devenir le premier de la génération 2000 à jouer en National 2, à 17 ans.

Mais cela ne suffit pas toujours. « Il s’est un peu égaré », souffle Romain Ferrier, son entraîneur chez les Rouge et Noir des U15 à la réserve. Avant d’expliciter : « Il avait son cercle d’amis, il était très proche d’eux et il s’est un peu dispersé. C’est ce qui a fait que, malheureusement, il n’a pas pu réussir au Stade Rennais. Pour nous, ça a été une frustration de ne pas le voir sortir chez nous. Il y avait de grandes attentes sur lui… Mais il pensait que son talent seul allait suffire, or il faut travailler, même avec du talent. Au haut niveau, il n’y a pas le choix. Il en a un petit peu moins fait, il s’est laissé aller, pensant que ça allait venir quand il en aurait envie. Sauf qu’à côté de lui il y a des joueurs qui ont grandi. Je pensais sincèrement qu’il allait pouvoir s’exprimer au Roazhon Park, on avait énormément d’attentes, et finalement on a été déçu pour nous et pour lui, surtout. »

Il avait une teinture, il était en surpoids, donc tout de suite on a mis le cadre.

Mathieu Lacan, entraîneur de la réserve du Paris FC

Un rendez-vous manqué pour celui qui quitte le club rennais à l’été 2020, dix ans après l’avoir intégré. Tattevin prend alors une licence au FC Côte Bleue, en National 3 (cinquième division française). Mais Ferrier ne perd pas espoir : « On savait que c’était un garçon qui pouvait avoir un parcours en indirect. Qu’il ne réussisse par chez nous, qu’il comprenne certaines choses, pour qu’il se remette dans le droit chemin, et dans le travail. C’est ce qu’il s’est passé. » Une première porte s’entrouvre dès la fin juillet. Il est testé par l’Olympique de Marseille lors d’un match amical entre la réserve du club phocéen et le FC Côte Bleue. Une partie durant laquelle il délivre d’ailleurs une passe décisive. Mais le dossier est finalement classé sans suite. Il faut alors attendre deux mois pour qu’une nouvelle opportunité se présente. Le Paris FC cherche un renfort offensif pour sa réserve, et l’entourage du joueur le propose au club francilien. L’essai est concluant et l’histoire démarre. Sur une page blanche. Tattevin arrive dans une ville qu’il ne connait pas et surtout, avec un statut moindre. C’est ce qu’on appelle sortir de sa zone de confort.

Et c’est Mathieu Lacan, entraîneur de la réserve, qui se charge de mettre le cadre de cette nouvelle vie footballistique. « Il est arrivé avec des habitudes… Il avait une teinture, il était en surpoids, donc tout de suite on a mis le cadre. Je lui ai expliqué les attentes. Effectivement, on l’a remis à l’endroit. Je ne lui ai pas fait de cadeau. Tant qu’il avait une masse grasse supérieure à ce que je voulais, il ne jouait pas. On a été clair là-dessus. Et puis aux entrainements, on a mis un système d’évaluation en place, un système d’entrainement qui a permis de maintenir l’intensité, le rythme, … » Il faut dire que le Paris FC s’est fait une spécialité des « secondes chances ». Comme avec Samir Chergui, pas conservé à Auxerre et arrivé quelques mois seulement avant Arnaud. L’équation est simple : « Pour nous, c’est une bonne pioche, dans le sens où c’est un bon attaquant pour renforcer la N3. Mais en même temps, c’est une seconde chance, parce que c’est un gamin qui a du talent et qui, sur un niveau Ligue 2, peut peut-être passer le cap. On se dit pourquoi pas ! On fixe un objectif de travail sur la saison, on se donne un an. À la fin de l’année, soit il fait une reprise en professionnel, soit il s’en va sur un niveau National 2 ou National 1. »

Arnaud Tattevin nouveau

Pas prêt physiquement, Arnaud Tattevin ne joue pas les premiers matches de championnat. Puis le covid passe par là… Et il doit donc attendre janvier pour jouer sa première partie face à Lille, en amical. Tattevin 2.0 éclot. Lacan raconte : « On fait une série d’une quinzaine de matches entre réserves de clubs professionnels, de janvier à fin mai. Il a dû en faire 12 ou 13 et il met une dizaine de buts. Et puis il s'entraînait sérieusement, il commençait à reprendre un poids de forme intéressant, une vraie attitude de travail, à être performant en match, … Ça a mis du temps, il a commencé à être performant au mois de février/mars. »

En se concertant, le directeur sportif du club, Frédéric Hébert, et Mathieu Lacan décident alors de le faire reprendre la saison qui suit avec le groupe professionnel, en compagnie de quelques autres jeunes éléments. Une reprise avec un nouveau staff (après la nomination de Thierry Laurey) et qui se déroule avec la présence de Mathieu Lacan. Pour faire le lien. Et les recadrer quand il faut. Lacan s’amuse : « Moi je suis derrière eux. Arnaud, par exemple, faire un bain froid pendant le stage de préparation, si je ne suis pas derrière lui, que je ne l’attrape pas pour lui dire de venir le faire, il ne le fait pas. Ce n’est pas sa tasse de thé. Pourtant, avec le temps, c’est lui qui m’envoyait les photos, l’air de dire : regarde, je suis dans le bain froid, je fais le job. »

Actufoot • Arnaud Tattevin Icon Sport 2

Arnaud Tattevin face au FC Sochaux-Montbéliard lors de la 8e journée de Ligue 2, le 18 septembre 2021.

Attaquant racé

Peu à peu, Arnaud Tattevin s’affine et mûrit. C’est comme ça notamment qu’il entre en Ligue 2 face à l’EA Guingamp le 11 septembre - sacré symbole, au passage pour ce Rennais. Puis il est titulaire contre Sochaux et Nîmes, avant de marquer son premier but en professionnel face à Niort. Sa vocation première et absolue. « C’est un attaquant qui a un registre intéressant dans le sens où il ne fait pas les différences sur ses qualités athlétiques. Ce n’est pas un joueur très puissant, ni très rapide ou très grand, mais il se démarque par ses courses, ses déplacements. Pas forcément quand il a la balle, un secteur de jeu où il a encore beaucoup de travail pour simplifier son jeu. Mais dès qu’il faut aller dans la surface, se mettre dans le dos de la défense, il a du vice et une vraie une intelligence de jeu dans ses courses sans ballon. Ça peut amener de la complémentarité dans un effectif. Dans des matches où ça se resserre un peu, ou il y a moins d’espaces, il peut traîner dans la surface et apporter de la variété. »

Aujourd’hui, une étape est franchie pour lui. Celle du rebond. Mais rien n’est fait. Lacan conclut : « C’est un joueur qui ne passera pas seulement au talent. Il faut qu’il l’entende, même si pour un jeune joueur ce n’est pas facile. Parce que c’est un gamin qui a été mis en jeunes sur un piédestal, mais quand on arrive dans le monde senior, il faut se mettre minable, il faut bosser. Même si je peux vous dire qu’on ne s’ennuie pas avec lui. Ça fait aussi partie de ce qu’est un attaquant. Il ne rentre pas dans un cadre, c’est un boute-en-train, et un affectif. Il a besoin de confiance, qu’on soit derrière lui, mais il écoute. »

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